Crimintern : comment le Kremlin utilise les réseaux criminels de la Russie en Europe

Il y a de plus en plus de preuves de l’existence de connexions entre des réseaux criminels européens et l’appareil de sécurité d’Etat du Kremlin

ECFR Alumni · Former Visiting Fellow
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Comment la Russie de Poutine transforme la pègre en arme

Il y a de plus en plus de preuves de l’existence de connexions entre des réseaux criminels européens et l’appareil de sécurité d’Etat du Kremlin.

Les agences de renseignement russes utilisent régulièrement des groupes du crime organisé en Europe comme instruments pour des activités de renseignement et d’influence politique, selon un nouveau rapport du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR).

« Crimintern : comment le Kremlin utilise les réseaux criminels de la Russie en Europe » décrit comment des groupes du crime organisé basés en Russie ont développé des liens étroits en tant qu’alliés, conseillers et fournisseurs avec certains de leurs homologues européens, créant ainsi une ressource précieuse pour le Kremlin dans sa guerre asymétrique contre un Occident plus riche et plus puissant.

Le crime organisé est dans certains cas payé, dans d’autres forcé, à mener à bien des activités pour l’Etat russe. Cela comprend de la cybercriminalité, lever des fonds non-traçables pour soutenir des partis populistes européens, introduire clandestinement des armes et des personnes, et même perpétrer des assassinats.

Le rapport donne beaucoup d’exemples de ces activités, du piratage des systèmes centraux de la NASDAQ en 2010 aux meurtres de militants tchéchènes à Istanbul entre 2009 et 2011.

L’auteur, Mark Galeotti, recommande aux gouvernements et institutions européennes de prendre en compte le crime organisé basé en Russie comme un problème de sécurité autant qu’un problème criminel, et de prendre des mesures pour le combattre de façon adéquate. Cela signifie viser les atouts des groupes criminels et leur capacité à blanchir, déplacer et cacher leurs fonds à travers des procédés comme le « Lavomatic russe », révélé en mars par le Projet de Rapport sur la Corruption et le Crime Organisé.

Malheureusement, la surveillance européenne est en retard sur la confrontation à cette menace. Les autorités européennes responsables de la supervision financière ont récemment mis en garde la Commission européenne sur le fait que les défenses de l’Union contre le blanchissement d’argent risquaient de devenir « moins robustes », en partie à cause du manque de volonté du secteur financier de faire face à ce problème.

Le rapport conclut que les liens entre les services secrets russes et le crime organisé pourraient bien devenir un problème encore plus grave alors que la campagne russe pour ébranler l’unité et l’efficacité de l’Occident se poursuit. Il est essentiel que l’Europe développe des réponses plus nettes et plus efficaces à cette menace.