The Transformative Five : pour que les Frugaux endossent un nouveau rôle dans l’UE

Les citoyens des pays européens dis « frugaux » sont plus préoccupés par le gaspillage et la corruption que par le montant du budget de l’UE, selon un sondage exclusif de l’ECFR

Susi Dennison
Director, European Power programme
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  • Une nouvelle enquête menée auprès des pays européens dits « frugaux » révèle des sentiments mitigés à l’égard du fonds de relance COVID-19 de 750 milliards d’euros proposé par l’UE – la Finlande, l’Autriche et les Pays-Bas étant les plus préoccupés.
  • Les préoccupations relatives à la distribution des fonds portent sur le gaspillage et la corruption liés à la manière dont les pays bénéficiaires vont dépenser l’argent du fonds de relance.
  • Les citoyens des pays « frugaux » craignent que leur influence ne s’en trouve affaiblie : près de la moitié des personnes interrogées en Finlande, et des minorités considérables en Autriche, au Danemark, en Suède et aux Pays-Bas estiment que la position de leur pays au sein de l’UE a décliné ces dernières années.
  • Les auteurs du rapport, Susi Dennison et Pawel Zerka, appellent les gouvernements « frugaux » à reconnaître ce changement et à « prendre les commandes du moteur européen ».

37 % des citoyens français estiment que l’influence de leur pays dans l’Union européenne (UE) a diminué, selon un nouveau sondage publié aujourd’hui par l’ECFR. Les inquiétudes concernant le gaspillage et la corruption suscitent des doutes sur la direction de l’UE à 27.

Le nouveau rapport de l’ECFR, « The Transformative Five : pour que les Frugaux endossent un nouveau rôle dans l’UE », s’appuie sur des sondages effectués dans cinq États membres « frugaux » de l’UE – l’Autriche, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et la Suède – ainsi qu’en France, en Allemagne et en Pologne.

Les sondages examinent les opinions envers l’UE dans les pays européens dits « frugaux », traditionnellement hostiles à l’augmentation du budget de l’UE. Ils montrent que les inquiétudes concernant le plan de relance COVID-19 de l’UE ne se limitent pas exclusivement à son coût, mais aussi au comportement des pays bénéficiaires. Les sondages suggèrent que ces craintes aliènent certains citoyens, dans une période clé, et ont un impact sur la façon dont ils perçoivent le projet européen.

Les données de l’ECFR révèlent que, bien que l’UE, ses principes fondamentaux et son rôle de chef de file sur les questions mondiales (notamment le commerce, la défense et la sécurité internationale) continuent de bénéficier d’un fort soutien, plus de 40 % des personnes interrogées dans les huit pays s’inquiètent de l’influence de leur pays au sein du bloc. En effet, près de la moitié des citoyens en Finlande (48 %) et des minorités considérables en Suède (43 %), aux Pays-Bas (43 %), en Autriche (38 %) et au Danemark (38 %) estiment que la position de leur pays au sein de l’UE a décliné au cours des deux ou trois dernières années. Sur les huit pays sondés par l’ECFR, l’Allemagne est le seul où les personnes interrogées sont plus nombreuses à penser que l’influence de leur pays a augmenté (39 %) plutôt que diminué (35 %). En Pologne (51 %) et en France (37 %), l’opinion dominante est que l’influence de leur pays a diminué.

Les auteurs du rapport, Susi Dennison et Pawel Zerka, estiment que cette situation présente un équilibre délicat pour les principaux pays de l’UE, car ce sont eux qui décident comment dépenser le budget de l’UE et les fonds de relance. Selon eux, alors que de nombreux citoyens voient une « dérive » dans la direction du projet européen, ces nouvelles mesures offrent aux dirigeants des pays « frugaux » l’occasion de « prendre les commandes du moteur de l’UE » et de prendre des initiatives sur la manière dont ces fonds sont dépensés au sein de l’Union. 

La co-autrice et chercheuse Susi Dennison a commenté les résultats du sondage du nouveau rapport de l’ECFR :

« Ce sondage révèle que les citoyens des pays dits « frugaux » sont les plus préoccupés par la mauvaise utilisation des fonds par les bénéficiaires nets du budget de l’UE, et qu’ils croient que leurs dirigeants ne sont pas capables de déterminer la future direction de l’UE.

Des allégations de corruption et des affrontements répétés avec l’UE sur des questions d’État de droit ont ébranlé la confiance, à un moment clé, et ont suscité des craintes que l’UE ne soit plus un club partageant un engagement envers une responsabilité et des valeurs démocratiques.

Plutôt que de tomber dans le piège britannique qui consiste à rejeter la faute sur Bruxelles, les dirigeants des pays « frugaux » devraient se réjouir du fait que leurs citoyens souhaitent qu’ils jouent un rôle de premier plan en Europe sur les questions clés qui concernent l’Union, qu’il s’agisse de la coopération en matière de terrorisme, de sécurité et de justice ou de la promotion des exportations. »

Pawel Zerka, co-auteur et chercheur, a ajouté :

« Le fonds de relance étant désormais approuvé, une opportunité se présente désormais aux pays dits « frugaux » de se reconvertir en moteurs de l’UE, en menant le débat sur la manière dont les fonds européens devraient être dépensés et en construisant collectivement une Europe qui corresponde aux ambitions de leurs citoyens. 

Un premier pas dans cette direction serait que ces pays insistent sur la défense de la démocratie et de l’État de droit, ainsi que sur la lutte contre la corruption, étant donné le risque que les mécanismes dont dispose actuellement l’UE s’avèrent soit insuffisants, soit politiquement difficiles à mettre en œuvre. »

Le directeur de l’ECFR, Mark Leonard, a déclaré :

« Au lieu de promouvoir un agenda négatif d’une UE minimale, centrée sur le marché et pas grand-chose d’autre, l’Autriche, la Finlande, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède devraient utiliser le plan de relance comme un tremplin pour influencer la manière dont l’argent est dépensé dans l’Union, et comme une opportunité de faire avancer l’UE sur des questions telles que l’Etat de droit, le numérique, l’écologie et la sécurité.

Cela permettrait de débloquer des ressources vitales au sein de l’UE et de rassurer les citoyens en leur montrant que la voix de leur pays est entendue à Bruxelles. »

Les principales conclusions du sondage de l’ECFR sont les suivantes :

  • L’accusation de « frugalité », portée contre les gouvernements de l’Autriche, du Danemark, de la Finlande, des Pays-Bas et de la Suède, est déplacée. Les sondages de l’ECFR révèlent que près de 8 personnes interrogées sur 10 dans ces pays ont rejeté l’affirmation selon laquelle « l’UE dépense trop d’argent ». Parmi les pays « frugaux », la Finlande (24%) et les Pays-Bas (24%) sont les pays où cette préoccupation est la plus forte ; elle est également partagée par 22 % des personnes interrogées au Danemark, 20 % en Suède et 20 % en Autriche. En dehors des pays dits « frugaux », seuls 10 % en Pologne et 17 % en France adhèrent à cette affirmation. Si c’est une mesure de la « frugalité », c’est en Allemagne qu’elle est la plus forte, où cet avis n’est partagé que par une personne interrogée sur quatre (26 %).  
  • La principale préoccupation des citoyens, dans le contexte du financement de l’UE, est le gaspillage et la corruption dans les pays bénéficiaires. 38 % des personnes interrogées dans les cinq pays « frugaux » considèrent cela comme un problème. Cette préoccupation est plus prononcée en Autriche, où près de la moitié des personnes interrogées (48 %) ont reconnu l’existence d’un tel risque. Cette conviction est également partagée par d’importantes minorités en Suède (38 %) et aux Pays-Bas (38 %). Ce problème a également été identifié comme le plus important dans les autres pays interrogés, avec 37 % en Allemagne, 33 % en France et 30 % en Pologne qui reconnaissent l’existence d’un tel risque.
  • Il existe un fort attachement aux avantages de l’appartenance à l’UE. Lorsqu’on leur a demandé dans quels domaines l’UE contribue le plus à la promotion des intérêts de leur pays, les personnes interrogées des cinq pays « frugaux » ont répondu dans cet ordre : la liberté de vivre et de travailler dans d’autres pays (32 %), les avantages du marché unique (27 %), la coopération en matière de sécurité, de justice et de terrorisme (24 %), la protection contre la guerre et les conflits (20 %) et la promotion des exportations (20 %). Ces résultats suggèrent que la valeur accordée à l’appartenance à l’UE dans les pays sondés – contrairement aux stéréotypes – va bien au-delà de l’économie. Cette réponse est également largement répandue en France, en Allemagne et en Pologne. La « lutte contre le changement climatique » obtient également un score élevé et se classe au quatrième rang de la liste dans les États de « Weimar », avec environ une personne interrogée sur cinq qui apprécie ces efforts.
  • Dans l’ensemble, les sentiments sont mitigés à l’égard du plan de relance de l’UE. Lorsqu’on leur a demandé quel était leur principal sentiment à l’égard du plan de relance de l’UE, les personnes interrogées dans les pays « frugaux » ont répondu l’optimisme (22 %) et l’inquiétude (22 %) dans les mêmes proportions. Mais les sentiments négatifs – inquiétude, colère et frustration – l’emportent sur les sentiments positifs, puisqu’ils représentent 40 % des réponses. Les pays qui ont les sentiments les plus négatifs à l’égard du plan de relance sont la Finlande (50 %), les Pays-Bas (43 %) et l’Autriche (42 %). À titre de comparaison, seuls 17 % des Polonais – ainsi que 35 % des Français et 37 % des Allemands – ont des sentiments négatifs à l’égard du plan de relance.
  • Les citoyens s’inquiètent de la direction de l’UE et de l’influence de leur pays au sein du bloc. Comme indiqué ci-dessus, plus de 4 personnes sur 10 ayant répondu à l’enquête de l’ECFR dans les cinq pays « frugaux » ont indiqué qu’elles estimaient que l’influence de leur pays dans l’UE avait diminué ces dernières années. Ce sentiment est largement partagé en Finlande (48 %), aux Pays-Bas (43 %) et en Suède (43 %), ainsi qu’au Danemark (38 %) et en Autriche (38 %). Il est également partagé par les personnes interrogées en France (37 %) et en Pologne (51 %). Cependant, en Allemagne, la pluralité estime que l’influence de leur pays a augmenté au cours des deux ou trois dernières années (39 %).
  • Sans surprise, ce point de vue est principalement partagé par ceux qui s’alignent sur les partis eurosceptiques. Par exemple, en Suède, 61 % des partisans du parti des Démocrates de Suède pensent que l’influence de leur pays a diminué. Ce sentiment est également très marqué au Danemark, chez les partisans de la Nouvelle Droite (68 %) ; en Finlande, chez le parti des Vrais Finlandais (70 %) ; aux Pays-Bas, chez le Parti pour la Liberté (56 %) ; et en Autriche, chez le FPO (57 %). Cette position se retrouve également dans les autres pays étudiés par l’ECFR. Par exemple : 56 % des partisans de l’AfD, le parti de l’Alternative pour l’Allemagne ; 49 % de ceux du Rassemblement National en France et 51 % de la Konfederacja d’extrême droite en Pologne, estiment que l’influence de leur pays dans l’UE a diminué.