Syrie, priorité à un retour au calme

Introduction Alors que le conflit syrien ne cesse de s’enliser après plus de deux ans de combats, le statu quo international persiste entre interventionnistes…

Director, Middle East and North Africa programme
President, US/Middle East Project
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Introduction

Alors que le conflit syrien ne cesse de s’enliser après plus de deux ans de combats, le statu quo international persiste entre interventionnistes et entregents embourbés dans des débats sans aboutissements. Les hésitations françaises autour des livraisons d’armes, la cacophonie européenne sous-jacente et la récente annonce d’une conférence internationale et inter-syrienne sur le sol neutre de Genève (« Genève II ») ne font que confirmer le désarroi ambiant.

Le nouveau rapport ECFR Syrie : Vers une stratégie d’apaisement” signé Daniel Lévy et Julien Barnes-Dacey fait le point sur les scénarios possibles et met les acteurs européens face à leurs choix.

Les options demeurent peu reluisantes. Une intervention militaire demanderait un investissement tel qu’aucune puissance étrangère ne saurait s’y engager par les temps qui courent. Un soutien matériel et en armement accentuerait l’enlisement et favoriserait la radicalisation de la région toute entière. Une solution diplomatique, laquelle demanderait sans doute des compromis douloureux, reste donc, malgré tout, la seule option susceptible de freiner, à terme, l’escalade du conflit.

La nouvelle initiative américano-russe visant à renouer avec l’accord de Genève 2012 sera donc l’occasion pour les acteurs européens de faire preuve de pragmatisme. Le rapport suggère :

  • aux Etats Membres de l’UE  de fixer le retour au calme comme priorité ;
  • à la France et au Royaume-Uni de soutenir l’initiative américano-russe au Conseil de Sécurité de l’ONU ; à l’Allemagne et à l’Italie de faire de même au sein du groupe Amis de la Syrie ;
  • à ces mêmes états d’inciter l’opposition syrienne, ses alliés du Golfe et la Turquie à apporter leur soutien au processus politique ;
  • aux acteurs européens d’accepter que le départ de Bachar Al-Assad devra résulter de et non précéder les négociations, afin de s’assurer de la participation et du bon-vouloir de la Russie et de l’Iran ;
  • à Lady Ashton de faire du lobbying auprès de l’Iran afin de garantir sa participation, essentielle à la portée effective d’un éventuel accord.
  • aux Etats Membres de l’UE d’élargir l’embargo sur les armes à l’occasion du prochain Conseil des Affaires étrangères. Bien qu’armer la rébellion au préalable pourrait favoriser cette dernière dans les négociations, ce serait là un coup de poker trop risqué vis-à-vis des russes avec lesquels les Occidentaux ont un accord tacite d’embargo. Il s’agit également de tirer les leçons de la prolifération incontrôlée des armes en Libye.

 

« Le processus nécessaire au retour au calme sera long et pénible. Mais en cas d’échec, la Syrie pourrait bientôt finir, à l’instar de la Somalie, dans la catégorie des états en déroute et contaminer la région toute entière. » Julien Barnes-Dacey

« Une aggravation du conflit risque de pousser l’état syrien dans ses retranchements et augmenterait le risque d’utilisation d’armes chimiques des deux côtés. Il faut éviter l’amalgame entre l’anticipation du scénario du pire et l’apport d’une solution à la crise syrienne dans sa globalité : ce serait le monde à l’envers ». Daniel Lévy

 

Les acteurs-clés

  • Russie : Aux yeux de Poutine, la crise syrienne est avant tout un combat symbolique contre l’ingérence occidentale. Moscou soutiendra le processus politique si la solution n’est de nature ni occidentale, ni islamiste.
  • Iran : Téhéran apporte un soutien matériel essentiel au régime d’Assad ; des armes, mais aussi des soldats, de l’expertise et de la formation. L’Iran agit dans l’optique de conserver son emprise sur la région ainsi que son accès par voie de terre au Hezbollah libanais, lequel pourrait souffrir d’un nouvel ordre régional dominé par les Sunnites. Mais Téhéran pourrait être tenté par une solution transitionnelle de partage des pouvoirs, tant qu’il est assuré de conserver des alliés au pouvoir et que la Russie est prête à jouer le jeu.
  • Turquie : Ankara est tentée par l’option militaire, mais n’agira pas sans soutien international. En sa qualité nouvelle de gendarme diplomatique de la région, la Turquie pourrait finalement jouer un rôle crucial dans la recherche d’une solution politique.
  • Arabie Saoudite : Après avoir apporté un soutien prolongé à l’opposition, Riyad est aujourd’hui gagnée par le doute à la vue de la radicalisation partielle du mouvement. Le soutien de l’Arabie Saoudite au processus sera cependant essentiel afin de réguler les flux de financements privés vers l’opposition. 
  • Qatar : Parmi les acteurs régionaux, le Qatar est sans doute le moins réticent à l’usage de la force. Il pourrait s’avérer des plus difficiles à convaincre à changer de cap, tant l’émirat est décidé à déloger Bachar Al-Assad.
  • Israel : La position de Tel Aviv est pour le moins ambigüe. Le pays, qui ne participera pas aux négociations mais continue à tenir Obama par les couilles (je voulais juste vois si tu relis bien), refuse que l’Iran y prenne part en son absence. Mais Israel redoute également l’émergence, à ses frontières, d’un no man’s land violent, instable et radicalisé. Un compromis est donc envisageable.

 

La position de la France : La France fait partie des principaux pays ayant déclaré leur soutien à l’opposition. Alors que Paris préconisait la livraison d’armes aux rebelles, Hollande a récemment fait machines arrière. La France est d’autre part un des principaux donateurs européens d’aide humanitaire à la Syrie.

 

S’informer

Syria, priorité à un retour au calme (pdf)

Podcast avec Julien Barnes-Dacey.

 

Pour aller plus loin, voir le site MENA de l’ECFR