Le Brexit, une opportunité pour la Chine ?

La Chine est prête à tirer parti d’une Europe divisée et d’un Royaume-Uni affaibli après le Brexit. Selon un nouveau rapport de l’ECFR, contrairement aux…

ECFR Alumni · Director, Asia and China Programme
Senior Policy Fellow
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La Chine est prête à tirer parti d’une Europe divisée et d’un Royaume-Uni affaibli après le Brexit.

Selon un nouveau rapport de l’ECFR, contrairement aux sombres prévisions du Japon notamment, la Chine voit dans le Brexit une source d’opportunités pour son économie et sa stature internationale.

« Le Brexit, une opportunité pour la Chine ? », un numéro spécial de la série China Analysis de l’ECFR, se penche sur les premiers commentaires chinois publiés dans la foulée du Brexit. Bien que certains mentionnent des inquiétudes concernant l’incertitude accrue et la perte potentielle du Royaume-Uni comme passerelle pour les investissements européens, les auteurs chinois sont nettement plus optimistes que leurs voisins d’Asie orientale concernant les perspectives de l’après-Brexit.

Ces auteurs chinois semblent s’accorder avec les partisans du Brexit sur l’idée selon laquelle un Royaume-Uni plus indépendant serait plus apte à établir un accord de libre-échange mutuellement favorable avec la Chine. Cette perspective a été officiellement confirmée comme une possibilité par le ministre chinois du Commerce. Au-delà des avantages économiques intrinsèques d’un tel accord, avec l’espoir chinois que la Grande-Bretagne demeure une économie puissante après le Brexit, il est aussi probable que celui-ci encourage le Royaume-Uni à prêter une attention accrue à la Chine de manière générale, ce qui constituerait le réel bénéfice selon les observateurs.

La dépendance du Royaume-Uni vis-à-vis de la Chine

Selon des sources chinoises, un tel accord rendrait le Royaume-Uni plus dépendant de la Chine, et ainsi plus susceptible de soutenir les intérêts chinois sur la scène internationale. Li Xiaopeng soutient que cette dépendance mènera la Grande-Bretagne à promouvoir « encore davantage » l’internationalisation du renminbi, tandis que Zhao Hongwei voit le Royaume-Uni post-Brexit comme la « voix principale » du soutien à la candidature de la Chine au statut d’économie de marché. La possibilité que le Royaume-Uni lève l’embargo sur les ventes d’armes en Chine est un autre domaine où la nouvelle indépendance de la Grande-Bretagne vis-à-vis de l’Europe – et sa nouvelle dépendance vis-à-vis de la Chine – pourrait être bénéfique au principal acteur militaire d’Asie. 

Une Europe divisée

Une Europe divisée est vue comme une opportunité supplémentaire pour la Chine. Les universitaires chinois attendent du Brexit qu’il affaiblisse la position de l’Europe sur ses propres valeurs, et conduise ainsi l’Europe à adoucir sa posture sur la violation des Droits de l’Homme en Chine. La compétition économique entre le Royaume-Uni et l’Union européenne pour les investissements chinois est aussi perçue comme pouvant mener à des conditions plus favorables pour les entreprises chinoises. Le délai récemment imposé par Londres sur la centrale électrique nucléaire de Hinkley Point C à 18 milliards de livres, dû à des inquiétudes concernant la participation de la Chine à 30% dans ce projet nucléaire extrêmement sensible, est vu comme une exception.

François Godement, directeur du programme Asie et Chine de l’ECFR, explique les divergences dans les vues japonaises et chinoises par des différences de caractéristiques de leurs investissements au Royaume-Uni : « Le Japon détient de nouveaux investissements importants dans le secteur des biens manufacturés, avec des atouts matériels significatifs. Le déclin immédiat de la livre fut un coup dur pour leurs bilans financiers, dans la mesure où celui-ci a entraîné des coûts d’achat plus élevés pour les filiales britanniques. A l’inverse, les investissements chinois se sont fait principalement dans les finances ou l’immobilier, et peuvent être déplacés avec bien moins de pertes. »

En d’autres termes, ce n’est pas tant que la Chine anticipe moins de pertes économiques en Grande-Bretagne suite au Brexit, mais qu’elle se voit mieux placée pour tirer parti de l’affaiblissement du Royaume-Uni et de l’Europe qui en résulte.