La vulnérabilité de la Géorgie face à la pression russe

La Géorgie a signé un accord préliminaire avec l'Union européenne - la Russie va-t-elle réagir ?

Full text available in English
Also available in

Un accord d’association avec la Géorgie a été signé en marge de la réunion du Conseil de l’Union européenne à Bruxelles le 27 juin. Cela renforcera les liens économiques et politiques entre les deux parties, dans une perspective au long terme d’association politique et d’intégration économique plus étroites.

La Russie va-t-elle empêché le rapprochement de la Géorgie avec l’UE comme elle l’a fait avec l’Ukraine ? Si Moscou décide de mettre la pression sur la Géorgie, elle pourrait utiliser les deux régions occupées d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud comme joker. Dans une nouvelle publication du Conseil européen des relations internationales, Sergi Kapanadze estime qu’après avoir annexé la Crimée, la Russie pourrait aller jusqu’à annexer l’Ossétie du Sud. Il suggère également que Moscou serait susceptible de prendre pour cible le processus de négociations de Genève sur ces deux régions afin de contester l’accord d’association entre la Géorgie et l’UE signé ce vendredi.

Il ajoute que « le gouvernement géorgien commet une grave erreur en pensant qu’il est plus fort et qu’il a une plus grande capacité à résister à la pression Russe que l’Ukraine, et cela pourrait être dangereux ».

L’analyse porte sur les investissements, le commerce, l’énergie et les transferts de fond, qui sont des domaines dans lesquels la Russie peut faire pression sur la Géorgie ; et tire les conclusions suivantes :

  • La Russie investit peu en Géorgie actuellement et un retrait des investissements direct à l’étranger russes ne représente pas une menace sérieuse pour le pays tant que les IDE occidentaux ne diminuent pas.
  • En revanche, les exportations géorgiennes vers la Russie – en particulier l’exportation de vin, qui a été interdite par Moscou après les tensions politiques de 2006 – augmentent rapidement et sont désormais plus importantes que jamais depuis l’indépendance de la Géorgie. De telles exportations pâtiraient d’une dégradation des relations politiques avec la Russie.
  • Bien que la Géorgie soit un exportateur net d’électricité vers la Russie depuis 2007 et que sa dépendance au gaz russe diminue, sa dépendance vis-à-vis du pétrole russe s’est accrue.
  • Les transferts de fonds des migrants géorgiens en Russie augmentant, une interdiction des transferts de fonds pourrait être une arme économique puissante, même si elle serait compliquée à mettre en œuvre. (Durant les tensions politiques de 2006, la Russie a tout de même expulsé des travailleurs géorgiens de souche en masse…)

Selon le professeur Kapanadze, la Russie peut également alimenter l’opposition anti-UE en Géorgie. Il souligne que « la Géorgie doit admettre ses faiblesses et prévenir ses alliés de l’UE et de l’OTAN de la menace, pour qu’ils ne se retrouvent pas pris au piège quand la pression s’accentuera – comme ça a été le cas en Ukraine. »

Les options de la Russie pour contrecarrer l’intégration de la Géorgie à l’UE – et les réactions de Tbilissi – dépendront de l’évolution de la situation en Ukraine car les intérêts économiques de l’UE dans les régions du Partenariat Oriental russe détermineront ses relations futures avec Kiev.