Comment la Chine est devenue une puissance dans les Balkans occidentaux

Vladimor Shopov explore les nouvelles méfiances vis-à-vis de la Chine d’une part, et de l’autre l’image publique du pays comme une source importante d’opportunités économiques dans une ère de changement géopolitique

Vladimir Shopov
Visiting Fellow
Chinese President Xi Jinping meets with Serbian President Aleksandar Vucic at the Second Belt and Road Forum for International Cooperation in Beijingpicture alliance / Xinhua News Agency | Liu Weibing ©
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Principales conclusions:

  • La Chine est devenue le plus important acteur tiers des Balkans occidentaux.
  • Ses activités sont réparties de façon inégale sur le territoire mais suivent cependant une approche commune.
  • Cette approche est marquée par les efforts variés de la Chine pour s’établir dans des zones économiques clés et pour se positionner à terme comme un acteur indispensable.
  • La Chine transforme peu à peu ses interactions avec les pays des Balkans occidentaux dans des secteurs comme la culture, les médias et la politique, en des relations institutionnalisées et pérennes.  
  • L’ambiguïté européenne et américaine envers les Balkans occidentaux persistant, la région risque de tomber dans une spirale sans fin de compétition entre divers acteurs étrangers.  
  • Les décideurs politiques européens et américains devraient se préoccuper de l’écart de développement grandissant entre la région et l’Union européenne à travers des initiatives comme des plans d’investissements ciblés dans l’énergie et l’infrastructure, l’intégration sectorielle, et la mise en avant de la loi de l’Union européenne dans le processus d’adhésion.

La Chine feint une attitude nonchalante vis-à-vis des Balkans occidentaux. En réalité, elle dispose d’une stratégie bien pensée pour la région dans de nombreux domaines, et travaille continuellement à y étendre et y asseoir sa présence. Ce processus semble s’accélérer à l’heure où un consensus émerge chez les Européens et les Américains sur les défis posés par la percée de Pékin dans la région.   

Le dernier policy brief écrit par Vladimir Shopov, chercheur invité à l’ECFR, « Une décennie de patience : comment la Chine est devenue une puissance dans les Balkans occidentaux », explore les nouvelles méfiances vis-à-vis de la Chine d’une part, et de l’autre l’image publique du pays comme une source importante d’opportunités économiques dans une ère de changement géopolitique.

L’auteur soutient que la Chine est sur le point d’acquérir de réels leviers sur les choix, les attitudes et les récits politiques de certaines parties des Balkans occidentaux. Selon lui la première réponse des décideurs politiques européens et américains face à ces défis devrait être de les identifier et d’essayer d’anticiper les développements des activités chinoises dans les Balkans. L’Union européenne et l’OTAN devraient s’en occuper à travers une surveillance et une analyse régulière et structurée des activités chinoises dans la région, y compris pour resserrer le fossé de développement et obtenir le soutien du public.  

Vladimir Shopov déclare que « les initiatives politiques, sociales et culturelles de Pékin méritent une attention particulière – qu’elles commencent tout juste à recevoir. La Chine atteint un nouveau niveau d’engagement avec les Balkans occidentaux, avec la mise en œuvre d’une politique d’interaction accrue avec de nombreux acteurs de la société dans de nombreux domaines politiques. »

L’article décrit l’approche expansionniste de la Chine dans les Balkans, qui se concentre sur le développement de nombreuses relations avec des personnes et des institutions. Ces relations – qui impliquent les domaines de l’infrastructure, de l’énergie et de la culture tout aussi bien que les médias et les partis politiques – visent à promouvoir les intérêts chinois. A cette fin, Pékin a exploité l’ambivalence géopolitique de nombreuses capitales européennes, saisissant l’opportunité d’investir dans des secteurs d’importance stratégique qui émanent du persistant écart de développement entre les Balkans de l’Ouest et l’Union européenne, ainsi que du manque de convergence économique et politique soutenue avec le bloc.

Vladimir Shopov ajoute que « les leaders chinois ont capitalisé sur l’affinité politique avec les élites d’Etats captifs. Pékin crée des incitations à la coopération dans ces groupes d’initiés et plus loin, avec de nombreux citoyens des pays des Balkans occidentaux qui adoptent un état d’esprit transactionnel alors que leurs rêves d’intégration européenne s’effacent. Ce processus conduit peu à peu à l’émergence d’un écosystème économique et politique dans lequel la Chine et les Balkans occidentaux partagent d’importants intérêts communs. »