Quatre scénarios catastrophes de la politique européenne vis-à-vis de la Russie

​Il n’y a pas de place pour de la complaisance dans la position de l’Europe envers la Russie et l’Ukraine

ECFR Alumni · Director of the Wider Europe Programme

Il n’y a pas de place pour de la complaisance dans la position de l’Europe envers la Russie et l’Ukraine.

L’Europe a fait preuve d’une capacité surprenante à garder le cap sur sa politique envers la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine en 2014. Cette résolution tient bon malgré des divergences d’opinion en Europe pour savoir si la Russie est une menace ou non, malgré des récriminations sur les sanctions et des bouleversements politiques entraînés par le Brexit et l’élection de Donald Trump.

Mais cette détermination peut-elle durer ? A quoi ressemblerait l’effondrement de la politique européenne envers la Russie ? Un nouveau rapport du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) présente plusieurs scénarios catastrophes dans lesquels cette politique pourrait s’effondrer, et observe les conséquences désastreuses d’un tel effondrement. Les scénarios envisagés sont :

  1. L’Union européenne (UE) change de position sur les accords de Minsk et l’Ukraine à cause de changements de régimes nationaux et décide de soutenir l’interprétation russe des accords. S’ensuivent des élections faussées dans le Donbass et l’incorporation de représentants russes au sein de la Rada, ce qui entraîne chaos et instabilité en Ukraine.
  2. L’UE succombe à une lassitude sur l’Ukraine et met un frein aux efforts de Kiev pour se rapprocher de l’Union, ainsi qu’aux réformes. De l’acceptation du statu quo dans le pays résulte un Etat dysfonctionnel et un autre conflit gelé dans le voisinage.
  3. Avec le désengagement des Etats-Unis de l’Ukraine et la fin des sanctions envers la Russie, la politique européenne se trouve bouleversée. L’unité transatlantique ainsi que l’unité interne à l’UE s’effondrent, alors que les réformes en Ukraine stagnent. La Russie se réjouit d’une Ukraine faible et dysfonctionnelle.
  4. Un « marché de grandes puissances » entre Donald Trump et Vladimir Poutine sur la sécurité européenne fait finalement voler en éclat l’unité de l’UE sur la Russie et crée la possibilité pour la Russie de lancer une offensive militaire qui amènera l’Ukraine dans sa sphère d’influence.

Ces scénarios sont des spéculations, ce sont les pires scénarios possibles, mais ils sont le reflet des risques qui pèsent sur la politique européenne, ainsi que des pressions et dynamiques qui sont déjà présentes. L’évaporation de l’engagement américain augmente la pression sur l’Europe et quelques Etats membres font face à des pressions internes pour lever les sanctions. Pour le moment, la menace de la Russie et l’élection de Donald Trump ont rapproché les Européens, mais cette unité ne peut pas être tenue pour acquise.

Que peut donc faire l’UE pour protéger sa politique envers la Russie ? Il est important pour l’UE de compenser le désengagement des Etats-Unis en renforçant sa propre réponse et en prenant la place des Etats-Unis là où ils laissent un vide. Elle devrait aussi prendre en considération l’automatisation du processus de renouvellement des sanctions et étendre la période de renouvellement à une année. Cela donnerait une plus grande crédibilité à la position de l’UE quand elle affirme que les sanctions ne pourront être levées que quand Minsk sera complètement mis en œuvre et retirerait à Moscou les opportunités qu’elle a deux fois par an de briser le consensus européen.