10 points clés sur la nouvelle Politique européenne de voisinage

Bruxelles et les autres capitales ont pris conscience que la politique de voisinage n’avait clairement pas conduit à la création d’un « cercle d’amis » prospère et stable, comme espéré à son lancement en 2004.  

ECFR Alumni · Director of the Wider Europe Programme
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La nouvelle Politique européenne de voisinage (PEV), dévoilée le 18 novembre, allait forcément être une sombre affaire. La révision de la PEV a été lancée en réaction aux déceptions du Printemps arabe, à la guerre en Syrie, et à l’intervention militaire de la Russie en Ukraine. Bruxelles et les autres capitales ont pris conscience que la politique de voisinage n’avait clairement pas conduit à la création d’un « cercle d’amis » prospère et stable, comme espéré à son lancement en 2004. 

La nouvelle PEV arrive à présent au beau milieu de la crise des réfugiés et juste après les attaques terroristes à Paris. Cela ne fait que rappeler que ce qui se passe dans le voisinage de l’Europe peut avoir sur nous un impact direct et majeur. Le voisinage n’a jamais été aussi proche et aussi volatile. Mais la question demeure de savoir si la nouvelle PEV est adaptée configurée adéquatement pour faire face à ces nouveaux défis.

 

En voici 10 points clés :

1.       Du réalisme, mais pas d’idéalisme.  Sans surprise en ces temps de crise, une dose majeure de réalisme – sinon de realpolitik – a été introduite dans la nouvelle PEV. En 2004, la PEV initiale été basée sur la notion que l’Union européenne (UE) et ses voisins avaient des intérêts communs et partageaient les mêmes valeurs. La politique visait à créer une « zone de prospérité et un voisinage amical ». La nouvelle PEV est basée sur la poursuite des intérêts de l’UE. La promotion des valeurs universelles est présentée comme un intérêt parmi d’autres. Les priorités sont la stabilisation, la sécurité, l’énergie, le développement économique, la création d’emplois et, bien sûr, la gestion de la crise des réfugiés. 

 

2.       Pas de grandes attentes. La PEV n’a plus pour but la transformation du voisinage de l’Europe. Elle vise plutôt à le stabiliser. La philosophie de transformation qui sous-tendait l’élargissement majeur de l’Union en 2004 était également la philosophie sous-jacente de la politique de voisinage initiale. Dix ans plus tard, il est clair que seuls quelques-uns des seize pays de la PEV désirent vraiment être comme nous, ou deviendront comme nous grâce au soft power de l’UE. La nouvelle PEV vise la transaction plutôt que la transformation. Elle affirme explicitement que l’UE ne peut résoudre beaucoup de défis dans la région et que notre poids est limité. Cet ajustement aux réalités actuelles et à nos propres limites est bienvenu et nécessaire.

 

3.       Vision floue. Promouvoir la stabilité, la sécurité et la prospérité dans le voisinage est censé être le cœur de la PEV. Ce sont de belles paroles auxquelles nous pouvons tous souscrire, mais que signifient-elles vraiment ? L’approche transactionnelle est nécessaire pour gérer les crises actuelles, mais ce que l’Europe désire faire avec son voisinage reste une question ouverte. La nouvelle PEV manque de vision. S’il y en a une, elle est largement négative – éviter le chaos, stopper la radicalisation, gérer l’afflux de réfugiés, et ainsi de suite. La question est savoir si les pays voisins seront enthousiasmés par la nouvelle PEV.

 

4.       L’Est et le Sud sont logés à la même enseigne en matière de politique. Ce sont de bonnes nouvelles. Les pays de l’Est et du Sud sont radicalement différents, mais scinder en deux la politique aurait sapé la solidarité et augmenté le risque de division au sein de l’UE. Les Etats membres du Sud auraient été moins incités à se concentrer sur le voisinage oriental, de même pour les Etats membres de l’Est et les voisins du Sud. En gardant une politique unique, il y a de plus grandes chances pour une solidarité Est-Sud, ainsi que pour des accords et des compromis.

 

5.       Différenciation. La solution pour faire face aux différences entre les divers pays voisins, en particulier ceux qui ne sont pas intéressés par une association plus étroite, est la différenciation. Il n’y aura plus d’approche unique. Désormais, ce sera du sur-mesure (ou à peu près). L’Union européenne sera moins prescriptive et plus sensible à ce que chaque pays partenaire désire. Cela signifie davantage de dialogue sur la sécurité et l’énergie, et moins à propos de la démocratie et des droits (de l’Homme) avec l’Azerbaïdjan et l’Egypte, par exemple. Le risque impliqué par cette différenciation est de trahir de nos valeurs.

 

6.       Rien de nouveau pour les voisins qui désirent vraiment être intégrés. L’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie aspirent à devenir un jour membres de l’UE. Ils sont impliqués dans la PEV et le Partenariat oriental, de plus grande envergure. Au sud, la Tunisie et le Maroc aspirent à des relations plus étroites. Mais dans la nouvelle PEV il n’y a rien de nouveau pour eux. Cette dernière propose une relation plus flexible avec nos voisins qui ne sont pas attirés par l’Europe sur des questions telles que le libre-échange et les valeurs. Mais cette nouvelle politique  a peu à offrir à ceux qui croient en ce concept de transformation et qui mènent pourtant à bien les réformes nous désirons.

 

7.       La Russie est  le problème majeur dont personne ne veut parler. Le désir de la Russie d’attirer les pays voisins dans sa sphère d’influence, y compris par l’usage de la force militaire contre la Géorgie et l’Ukraine, est un défi fondamental pour la politique de voisinage à l’Est. La PEV fait une vague référence au renforcement de la résilience des pays partenaires ainsi qu’à leur capacité à faire leur propres choix souverains. en dehors de cela, la nouvelle PEV contourne largement cette question essentielle. Et il n’y a pas seulement la Russie mais aussi la Turquie, l’Asie centrale, les pays du Golfe et le Sahel. La nouvelle PEV semble exister dans un monde dépourvu de géopolitique.

 

8.       Moins de paperasse, plus de politique. C’en est fini des rapports de progrès simultanés et des plans d’action. Les pays qui souhaitent réduire le nombre de priorités stratégiques abordées pourront le faire. L’élagage du surplus bureaucratique reflète l’ambition de la PEV, et également une prise de conscience que l’ancienne approche était trop rigide et technocratique pour une région aussi diverse et changeante. La nouvelle PEV prévoit également que les Etats membres soient davantage activement engagés ; cela rendra la PEV plus politique.

 

9.       La migration et les réfugiés seront une priorité. Cela est nécessaire. La crise est très grave et doit être traitée comme telle. L’accent mis sur la stabilisation dans la nouvelle PEV est un élément clé. La nouvelle PEV, cependant, n’apporte pas grand-chose de nouveau à ce qui a déjà été discuté en parallèle.

 

10.   Appropriation locale contre intérêts de l’UE. Deux points sont soulignés dans l’examen qui pourraient potentiellement être incompatibles. D’une part, l’UE cherche à se concentrer sur les projets qui répondent aux exigences des partenaires locaux, qui sont évidemment les plus susceptibles d’être réalisés. D’autre part, elle cherche également à concentrer ses ressources limitées sur les questions qui importent à l’Europe. L’interaction entre ces objectifs sera vitale à l’implémentation d’un nouveau système. Obtenez le mauvais équilibre et nous pourrions nous retrouver à soutenir des projets qui servent uniquement les élites locales. Idéalement, l’UE saura adopter une vision à long terme et orientera ses partenaires vers les questions qui contribueront le plus à la sécurité, au développement et à la réforme.