La diaspora indienne, source de soft power

Le gouvernement Modi, contrairement à ses prédécesseurs, exploite une source de soft power : la diaspora indienne. 

ECFR Alumni · Editor, China Analysis
Senior Policy Fellow
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Alors que le Premier ministre Narendra Modi était en visite aux Etats-Unis, nous avons fait un voyage d’études ECFR à New Delhi pour demander « Que pense l’Inde ? ». Tandis que « Modbama » – tel que Bruce Stokes a qualifié le réchauffement des relations entre Modi et le président Barack Obama – discutaient de problèmes mondiaux tels que le changement climatique, le terrorisme et la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies, nous avons entendu en Inde que l’approche par Modi de la politique étrangère était très différente de celle des gouvernements précédents. En particulier, le gouvernement Modi, contrairement à ses prédécesseurs, exploite une source de soft power : la diaspora indienne.

Selon le Ministère indien des Affaires extérieures, l’Inde a la deuxième plus grande diaspora au monde, estimée à près de 25 millions d’individus. Environ 1,5 million d’Indiens basés à l’étranger vivent au Royaume-Uni, et ils sont près de 3,2 millions aux Etats-Unis. Selon nos interlocuteurs, Modi essaye de tendre la main à cette diaspora indienne et veut l’utiliser comme instrument pour relier l’Inde à d’autres pays. Il fait cela en utilisant un autre outil de soft power : les réseaux sociaux – une invention des Etats-Unis. Modi est le premier chef d’Etat indien à utiliser les réseaux sociaux à la manière dont Obama l’a fait lors de ses campagnes électorales. Mais Modi est allé encore plus loin – il a sa propre application depuis cet été, tweete quotidiennement, et a clairement fait de sa campagne sur les réseaux sociaux sa priorité. Ce n’est donc pas une coïncidence si Modi s’est arrêté, lors de sa visite aux Etats-Unis, à la capitale californienne des technologies de l’information, la Silicon Valley, et s’il y a rencontré le co-fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg.

Nous avons entendu que « le succès de la diaspora indienne, en particulier au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, est un bon exemple de ce que l’Inde peut accomplir ». Cette déclaration a été faite en vue de l’objectif proclamé de Modi d’utiliser les cerveaux indiens éparpillé à travers le monde. Cela avec l’idée que « la fuite des cerveaux peut devenir un gain de cerveaux », comme Modi l’a déclaré dans son discours au centre SAP en Californie le 27 septembre. La visite de Modi à la Silicon Valley avait non seulement pour but de trouver de nouveaux investissements, mais également d’appeler les jeunes Indo-américains travaillant dans le secteur de l’informatique à utiliser leurs compétences dans le pays de leurs ancêtres. « L’Inde vous attend » a-t-il déclaré.

Il ne fait aucun doute que la nouvelle diplomatie de Modi est largement perçue très positivement en Inde, parce qu’elle « renforce le dynamisme de la politique étrangère indienne », comme nous l’a dit un analyste à New Delhi. Cependant, utiliser, de la manière dont Modi l’imagine, la (jeune) diaspora indienne comme outil de soft power nécessite son retour en Inde. Il reste à voir si les jeunes Indiens vivant à l’étranger sont attirés par l’idée de ramener leur matière grise en Inde.

Même si cela n’est pas le cas, c’est certainement une bonne idée pour Modi que de construire ce lien. En particulier, puisque la relation américano-indienne n’est pas aussi solide ou stable que la deuxième visite de Modi aux Etats-Unis peut le laisser paraitre. Il existe une méfiance évidente entre une puissance mondiale bien établie et un pays aspirant à le devenir. « Les Etats-Unis essayent de tirer l’Inde vers leur sphère d’influence – s’ils ne l’ont pas déjà fait », a critiqué un ancien officier de l’armée indienne. Selon un autre analyste indien, « le niveau de méfiance entre l’Inde et les Etats-Unis est toujours très haut, et n’a pas été confronté». C’est à présent la tâche de Modi que de renforcer le lien entre l’Inde et sa diaspora à l’étranger – mais ce sont les Indiens eux-mêmes, des deux côtés, qui ont besoin de travailler pour réduire cette méfiance. Peut-être seront-ils les premiers à faire cela uniquement par le biais des réseaux sociaux.