L’Europe risque de manquer la chance que représente le printemps arabe pour l’Afrique du Nord

En 2011, la vague démocratique déferlant sur les sociétés arabes semblait indomptable. Aujourd’hui, la situation est différente. L’Egypte, la Tunisie et la Libye souffrent…

Senior Policy Fellow
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En 2011, la vague démocratique déferlant sur les sociétés arabes semblait indomptable. Aujourd’hui, la situation est différente. L’Egypte, la Tunisie et la Libye souffrent d’une fatigue postrévolutionnaire alors que l’Algérie et le Maroc font semblant d’envisager des réformes. De surcroît, les difficultés économiques et sécuritaires sont légion.

L’Europe a la capacité d’aider à la mise en place de sociétés plus ouvertes et dynamiques en Afrique du Nord, un changement dont bénéficieraient l’Europe et l’ensemble de ses voisins du pourtour méditerranéen. Or le vieux continent, croulant sous le poids de sa propre crise économique, ne soutient pas ses voisins du sud à la mesure de ses engagements.

Pour remédier à cette situation, Nick Witney et Anthony Dworkin, auteurs du dernier rapport de l’ECFR, intitulé « A Power Audit of EU-North Africa relations », recommandent à l’Union européenne et à ses Etats membres d'entreprendre une série d'actions:

  • Proposer plus que la simple conditionnalité qui lie actuellement l’aide publique à l’avancement des réformes et adopter un point de vue stratégique et pragmatique de la région et de sa relation avec l’Europe.
  • Promouvoir la coopération intra-régionale sur des questions telles que le commerce ou l’énergie solaire, des domaines qui ont été jusqu’ici grandement sous-exploités.
  • Aider les pays d’Afrique du Nord à lutter contre l’instabilité au Sahel, et les soutenir dans la gestion des problèmes sécuritaires représentant un risque pour l’UE.
  • Au lieu de se comporter comme une super-ONG et de traiter les Etats d’Afrique du Nord comme des clients, l’UE doit apprendre à considérer ses voisins comme des partenaires. Les révolutions requièrent des réponses politiques et non des réponses technocratiques.

 

« Les soulèvements arabes ont trouvé l’Europe dans une période de crise économique profonde qui a momentanément diminué les capacités de l’UE à venir en aide à son voisinage. Toutefois, si les pays clés que sont l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, et surtout la France, travaillent de concert, ils pourront bâtir avec les pays d’Afrique du Nord une relation mutuellement bénéfique. »  Nick Witney

« La réussite du printemps arabe doit constituer une priorité stratégique pour l’Europe. Comme le montrent les propositions concrètes de ce rapport, dans un contexte budgétaire défavorable, l’Europe peut aider la région à travers de nombreux moyens, autres que financiers ». Javier Solana

 

Quelques chiffres clés :

  • Malgré leurs exportations de pétrole et de gaz, les Etats d'Afrique du Nord ne représentent que 4% du commerce extérieur de l'UE.
  • Les échanges intra-régionaux représentent moins de 4% du commerce en Afrique du Nord. La frontière entre l'Algérie et le Maroc a notamment été fermée pendant des décennies en raison des tensions au Sahara occidental.
  • En 2010, la France a fourni plus d’aide vers chaque pays d’Afrique du Nord que l’UE dans son ensemble. La France, l'Espagne et l'Allemagne sont les principaux fournisseurs d'aide bilatérale.
  • Les envois de fonds de l’étranger – en particulier en provenance de France, d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne, de Belgique et des Pays-Bas – sont vitaux pour la stabilité économique de la région. Ils représentent 5% du PIB du Maroc (6,4 milliards d’euros).
  • L'Algérie fournit 15% des importations de gaz de l'UE (principalement à l’Italie et à l’Espagne).
  • La Libye fournit 11% des importations de pétrole de l'UE (principalement à l'Italie, à l'Allemagne, à l'Espagne et au Royaume-Uni). 

 

Télechargez ici une copie du rapport: 'A Power Audit of EU-North Africa relations' (pdf)