Comment l’Europe et les Etats-Unis peuvent aider la Bosnie 25 ans après Dayton

Vingt-cinq ans après la fin de la guerre en Bosnie-Herzégovine et la signature des Accords de Dayton, le pays souffre encore de problèmes de fonctionnement et de discours clivants entre groupes ethniques

A of photograph US President-elect Joe Biden and Bosnia's first President Alija Izetbegovic is projected on the National Library building in Sarajevo, Bosnia, along with messages of support as Bosnians celebrate Biden's election victory, Sunday, Nov. 8, 2020. picture alliance / ASSOCIATED PRESS | Kemal Softic ©
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Vingt-cinq ans après la fin de la guerre en Bosnie-Herzégovine et la signature des Accords de Dayton, le pays souffre encore de problèmes de fonctionnement et de discours clivants entre groupes ethniques. Cela est d’autant plus vrai actuellement alors que le pays organise des élections locales.

Comme le souligne le récent rapport de l’ECFR par Majda Ruge, les échecs de gouvernance sont graves : alors que la Bosnie-Herzégovine a une population de la taille de celle de Berlin – 3,5 millions d’habitants – et un PIB annuel par habitant de 6 073$, les citoyens doivent financer pas moins de treize gouvernements et parlements, cinq présidents et un total de 149 ministres, qui pour la plupart ne fonctionnent pas correctement.

Les principales conclusions du rapport sont les suivantes :

  • Un quart de siècle après les Accords de Dayton, la Bosnie-Herzégovine est en paix. Mais ses structures étatiques et son système judiciaire ont été pris en otage par les groupes ethno-politiques auxquels la constitution de Dayton a donné de l’importance.
  • Au cours des quinze dernières années, l’Union européenne (UE) et les Etats-Unis n’ont pas réussi à insister sur les nécessaires réformes dans le pays. Cette négligence a permis la captation de l’Etat par les dirigeants des groupes ethno-politiques.
  • Restaurer l’indépendance du pouvoir judiciaire et renforcer l’Etat de droit sont des étapes essentielles à la stabilité et à la réussite futures de la Bosnie-Herzégovine, y compris pour la stimulation de son économie et pour freiner l’émigration.
  • Le crime organisé et la corruption sont déjà des sources d’inquiétude pour les capitales européennes – et la nouvelle administration Biden pourrait bien partager ces inquiétudes. Une action concertée entre l’UE et les Etats-Unis ainsi qu’un usage judicieux des sanctions peuvent relancer le processus de réformes en Bosnie-Herzégovine.
  • Avec le secteur privé et la société civile, les parlementaires réformistes et les hommes politiques locaux peuvent être les agents du changement dont la Bosnie-Herzégovine a besoin pour renverser la captation de l’Etat qui freine le développement du pays.

Dans son rapport, Majda Ruge explore la captation de l’Etat en Bosnie-Herzégovine et les moyens pour mettre fin aux facteurs sous-jacents qui alimentent ces dysfonctionnements et perpétuent des discours clivants entre groupes ethniques. Elle affirme que :

« Le problème en Bosnie n’est pas celui d’un conflit ethnique gelé mais d’une captation gelée de l’Etat que la communauté internationale a laissé advenir. Le point de départ de la résolution de ce problème est que les dirigeants européens et américains se détournent de l’idée fallacieuse que les programmes des différents dirigeants ethniques en Bosnie-Herzégovine sont incompatibles, qu’ils ne peuvent pas s’entendre et que la voie vers la résolution des problèmes de la Bosnie passe par des médiations de conflits sans fin ou davantage d’autonomie ethnique. Les dirigeants des groupes ethno-politiques affichent régulièrement leurs différends – mais ils s’entendent très bien quand cela sert leurs intérêts. Et ces intérêts trop souvent ne représentent pas ceux de leur circonscription. »

Jusqu’à présent, l’approche adoptée par l’Europe et les Etats-Unis sur l’état d’obstruction de fait en Bosnie-Herzégovine s’est révélée inadéquate. Les principaux Etats membres de l’UE sont conscients que leurs intérêts de sécurité essentiels sont mis en danger plutôt que protégés par le régime actuel, notamment en raison des liens entre le crime organisé et l’administration, qui ont des implications pour la sécurité intérieure de l’UE.

Il est impossible de ne pas souligner le potentiel des parties prenantes, en particulier en Europe, qui agissent dans leur propre intérêt national et prennent des mesures concrètes pour garantir la bonne mise en œuvre des critères de réforme existants. Il faudrait pour cela faire avancer le processus de réforme :

  • en utilisant l’effet de levier des aides directes
  • en faisant preuve de leadership politique
  • en appliquant une responsabilité stricte

Les pays de l’UE qui ne souhaitent pas prendre de sanctions formelles peuvent également apporter leur aide en adoptant des pénalités informelles telles que le refus d’invitations dans les capitales de l’UE. Les institutions financières internationales devraient formuler une conditionnalité plus stricte en matière de gouvernance économique et de responsabilité dans les dépenses publiques.

Il ne s’agit pas seulement de remettre la Bosnie-Herzégovine sur la bonne voie. Dans le sillage de la crise du Covid-19, l’UE et les États-Unis devraient davantage agir de concert pour pousser les réformes en Bosnie-Herzégovine.

Selon Majda Ruge, « il est impératif de le faire maintenant, étant donné les intérêts de sécurité nationale en jeu dans plusieurs États membres clés de l’UE et l’évolution rapide du cadre géopolitique pour traiter avec la Bosnie, tel que le façonnent la Russie, la Chine et la Turquie. Ce pourrait être la dernière occasion d’ancrer les Balkans occidentaux dans ce qu’il reste de l’ordre démocratique occidental. Les moyens de pression européens et américains sont encore suffisants, et nécessaires, pour mettre en œuvre les principes politiques clés et parvenir à un changement constitutionnel significatif. »