Résultats des élections européennes : L’Allemagne

A la suite des élections européennes, l'ECFR publie une analyse des résultats dans différents pays. 

ECFR Alumni · Head, ECFR Berlin
Senior Policy Fellow

Le parti d’Angela Merkel arrive en tête, et le premier parti eurosceptique d’Allemagne voit ses membres obtenir des sièges au Parlement européen.

Ce fut la première élection nationale sans application du seuil électoral, après que la Cour Constitutionnelle ait déclaré le seuil traditionnel des 5% inconstitutionnel en novembre 2011. En 2013, le Bundestag allemand avait proposé d’établir une loi avec un seuil à 3%, qui avait elle aussi été portée devant la Cour par des partis principalement en marges, et en février 2014 la Cour Constitutionnelle a rejeté cette version révisée de la loi électorale.

 

Participation

Bien qu’elle ait manqué de thèmes clés et de controverses majeures, les nouveaux éléments de la campagne ont contribué à capter l’attention du public, et ont ainsi aidé à stopper le déclin du niveau de participation électorale à 48%, soit 5 pourcent de plus qu’en 2009.

 

Vainqueurs et perdants

Les Chrétiens-Démocrates (35,3%), partenaires majeurs dans la grande coalition au pouvoir, ont souffert de lourdes pertes (-2,6%) tandis que les Sociaux-Démocrates ont célébré l’une de leur plus grande progression jamais réalisée d’une élection à la suivante (+6,5%), malgré un résultat d’ensemble modéré (27,3%). Les Verts se sont maintenus au-dessus de 10%, perdant 1,4%, et la Linke a conservé son niveau de 2009 (7,4%).

 

Eurosceptiques

Un parti réellement eurosceptique s’est pour la première fois présenté aux élections en Allemagne, et il semblait certain que l’Alternative für Deutschland (AfD) ferait florès, même avec le seuil électoral en place. Durant l’année 2014, les sondages leur accordaient 6% ou plus, et le jour de l’élection ils ont rassemblé 7% des voix, soit 7 sièges au Parlement européen, drainant environ 500 000 votes depuis le parti d’Angela Merkel.

 

Spitzenkandidaten / Têtes de listes

Deuxième nouveauté de cette campagne, les candidats têtes de listes, tous deux germanophones, ont attiré l’attention. La plupart des chaînes télévisées ont diffusé de longs débats avec les candidats, ce qui n’avait jamais été le cas sur des questions européennes auparavant. Avec peu de controverses, les deux candidats ont insisté sur les questions sociales et l’emploi, la protection des consommateurs, et l’importance de la coopération pacifique – ces thèmes se sont faits les échos de la crise de la dette, du TTIP et de la situation en Ukraine. La chancelière Angela Merkel s’est prononcée assez tardivement en faveur de Jean-Claude Juncker, candidat à la présidence de la Commission. Elle est aussi restée assez ambiguë sur d’autres questions, soulignant le droit du Conseil européen de nommer le futur président de la Commission européenne. 

 

Résultat

Dans l’ensemble, les résultats allemands ne suggèrent pas de message fort au sujet de la politique européenne de Berlin. Le SPD apparait renforcé, les libéraux ont échoué à revenir sur le devant de la scène, et l’AfD eurosceptique a pour l’instant réussi à s’établir. L’effet global du populisme à l’échelle européenne aura pourtant une plus grande importance. Il mènera à des gouvernements plus hostiles au Conseil européen, cherchant à affirmer leur pouvoir souverain sur des questions européennes. Encore une fois, « plus d’Europe » est devenu plus difficile, et Merkel risque d’être encouragée dans sa réticence à diriger l’Europe. 

 

Ce texte est disponible en anglais en cliquant ici