L’UE a gagné, la Russie a perdu

Si le but de la Russie était de maintenir l'Ukraine dans sa sphère d'influence, elle a clairement échoué. 

Head, ECFR Madrid
Senior Policy Fellow

Cet article a initialement été publié dans El Pais.

Ok, cela semble étrange. Je suppose que l’on n’y est seulement pas habitué. L’Union européenne est rarement source de bonnes nouvelles. Mais en regardant en arrière, et encore plus important en regardant vers l’avenir, vous comprendrez que la Russie a perdu et que l’UE a gagné, malgré l’offensive de la rhétorique nationaliste et la sortie des forces militaires dont Poutine nous a menacé au cours des derniers mois.

Au premier regard, on constate que la Russie a non seulement annexé la Crimée, mais elle est aussi parvenue à placer l’est de l’Ukraine sous le contrôle des milices pro-russes. Vous pourriez affirmer que la Russie a non seulement sécurisé un espace stratégique d’une valeur considérable (la péninsule de Crimée et la base navale de Sébastopol), mais elle a aussi atteint un second objectif : déstabiliser l’Ukraine. En faisant cela, l’idée est que Moscou a achevé quelque chose d’une importance bien plus significative sans avoir à en payer le prix : elle s’est arrangée pour remettre en question l’ordre européen post-Guerre Froide, basé sur l’inviolabilité des frontières et le rejet de l’usage de la force, limitant ainsi la capacité de l’OTAN à remplir son rôle de dissuasion et faisant apparaître l’Alliance Atlantique comme un outil inutile et pathétique.

Mais considérons la situation de manière différente. Si le but de la Russie était de maintenir l’Ukraine dans sa sphère d’influence, elle a clairement échoué. Bien loin d’amener au pouvoir l’extrême droite nationaliste et antisémite comme certains le prédisaient, les élections du 25 mai ont résulté en la victoire de Petro Porochenko, un nouveau président qui peut se revendiquer d’une légitimité complète en stabilisant le pays et en l’alignant avec l’UE (si, bien entendu, il ne commet pas les mêmes erreurs que son prédécesseur). Sans l’Ukraine, l’Union eurasiatique planifiée par la Russie est simplement insuffisante pour devenir un véritable centre de pouvoir alternatif. En ce qui concerne le rapprochement énergétique entre la Russie et la Chine, il est clair que les Chinois sont trop intelligents pour mélanger les intérêts de Moscou avec les leurs.

Le problème de la Russie est qu’elle a gagné un jeu qui est en réalité obsolète. En refusant de s’engager dans une compétition de dissuasion militaire et de sphères d’influence, l’Union européenne a bien mieux compris quelles sont les dynamiques de pouvoir qui prévalent dans le monde d’aujourd’hui.  Les deux premières phases de sanctions adoptées par l’UE et les Etats-Unis, soutenues par la menace d’une troisième étape avec des conséquences plus profondes, ont été bien trouvées. Cette action a envoyé un message crucial à Moscou : ses conquêtes géopolitiques engendreront un coût économique prohibitif. Avec un fort besoin de modernisation, l’économie russe ne peut exister isolée de l’Union européenne, qui reste l’économie mondiale dominante, la première en matière de commerce et d’investissements. Comme nous avons pu le voir de manière nette durant ces dernières années, il n’existe pas de souveraineté en dehors des marchés financiers. Bienvenue au XXIe siècle, chers amis russes.