L’état de la guerre

Gustav Gressel fait le point sur l'état de la guerre en Ukraine. 

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La situation dans le Donbass est terrible.

En parlant à des entrepreneurs et à des responsables ecclésiastiques qui gardent encore contact avec l'autre côté, on a une idée claire de pourquoi la population quitte les régions séparatistes. La Russie a d'immenses difficultés à trouver des personnes pour administrer ses « Républiques populaires » et de même, les industries techniques ont du mal à trouver des professionnels qualifiés. Dans les deux cas, la raison est la même – les personnes les plus instruites, compétentes et riches ont fui le Donbass.

Pour leur part, les Russes ne veulent pas aller dans le Donbass car ils craignent de devoir faire face à des sanctions ou à des restrictions de voyage à l'Ouest. En conséquence, les personnes maintenant en charge de la République populaire de Donetsk (RPD) et de la République populaire de Luhansk (RPL) semblent être tout à fait incapables de comprendre l'administration publique et sont décrits comme des hooligans en costume.  Ces administrateurs sans talent de la DNR et de la LNR sont même difficiles à joindre. La plupart du temps, ils semblent être à Moscou en formation.

La discipline est faible parmi les mercenaires russes et les volontaires dans le Donbass. Ils se comportent comme des conquérants – ils boivent beaucoup, amassent du butin, tirent avec leur arme et commettent des viols. Les gens ont peur de quitter leur maison, surtout à la campagne ou dans les petites villes, où il n’y a aucun journaliste dans les environs et où personne ne se soucie réellement beaucoup de ce qu’il se passe. Après Minsk II, le nombre de réfugiés a augmenté de façon spectaculaire. Il est maintenant beaucoup plus facile de fuir vers l'ouest et les gens qui ont quelques économies, de la famille dans l'ouest de l'Ukraine ou des compétences partent. Les routes conduisant aux lignes de front de l’Opération anti-terroriste ressemblent à l’Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Des véhicules militaires vont vers l’ouest apportant de nouvelles recrues, du matériel, des chars, etc. sur le front.  Les personnes allant vers l’Est prennent tout ce qu'elles peuvent transporter avec n’importe quel moyen de transport.

La visite de l'un des hôpitaux où sont soignés les soldats blessés venant du front a été source des images les plus graphiques : de jeunes soldats de tout juste 20 ans ayant des parties de leur visage explosées, de graves brûlures sur tout le corps, des bras et des jambes amputés. Selon les médecins, 85 à 90 pour cent des personnes traitées souffrent de blessures dues à des explosions et seulement 10 à 15 pour cent de blessures par balle.

Peu importe comment la situation est présentée au monde extérieur, c’est sans aucun doute une guerre. Un tel ratio de blessures est typique d’une guerre industrielle moderne menée avec du matériel lourd. Les chars et l'artillerie se chargent de tuer et relativement peu de soldats sont blessés par des tirs d'armes légères. Si c’était une rébellion ou une insurrection, le ratio de blessures par balle serait beaucoup plus élevé car les snipers et les embuscades causent beaucoup plus de blessures par balle.