Inverser le retrait stratégique

Il est intéressant de noter que, à ce stage de la renégociation, Cameron a choisi la politique étrangère pour démontrer la valeur du Royaume-Uni dans l’UE

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Mercredi 2 décembre, après 10 heures de discussions, le Parlement britannique s’est prononcé en faveur du prolongement des frappes aériennes contre Daech en Irak et en Syrie. Avec une majorité de 174 voix, y compris certaines de députés travaillistes, la proposition de Cameron a confortablement remporté le vote. Il y a moins de deux ans, en août 2013, Cameron avait été battu lors d’un vote sur le soutien des frappes menées en Syrie par les Etats-Unis.

Une semaine auparavant, le gouvernement conservateur défenseur de l’austérité avait publié une Revue Stratégique et de Sécurité (SDSR) qui non seulement garantit qu’il continuera de dépenser 2 pour cent du PIB pour la défense et 0,7 pour cent pour l’aide au développement. Contre toute attente, le gouvernement a également protégé le budget du Ministère des Affaires étrangères et même augmenté les dépenses pour le BBC World Service.

Et peu de temps avant cela, quelque chose d’étonnant est survenu en chemin pour le sommet Union européenne (UE) – Turquie. Le Royaume-Uni était chef de file des contributeurs – avant même que la demande n’ait été faite, le gouvernement offrait une contribution de plus de 400 million d’euros (environ 280 million de livres sterling), presque autant que la totalité de la contribution de l’UE. Cela a aidé à sceller l’accord entre l’UE et la Turquie selon lequel, pour une aide de l’UE d’une valeur « initiale » de 3 milliards d’euros (2,11 milliards de livres sterling) destinée aux réfugiés syriens, la Turquie promet d’aider à limiter le nombre de réfugiés qui arrivent aux frontières de l’Europe.

Pour les observateurs extérieurs, ces trois décisions ne semblent pas liées au débat « Brexit » – qui, au milieu de l’agitation qui règne dans le monde, ne paraît plus si urgent. Mais dans les coulisses, le Royaume-Uni se sert de ces questions pour se faire entendre auprès de ses partenaires européens.

Le Royaume-Uni n’est pas membre de Schengen, il a décidé de se retirer de l’adhésion à l’euro et la façon dont la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne s’applique à son droit national diffère des autres Etats membres. Mais il y a bien un domaine politique européen dans lequel le Royaume-Uni peut jouer un rôle hors norme: la politique étrangère et de défense. Le Royaume-Uni possède l’un des plus grand réseaux de missions diplomatiques mondiales, le niveau de dépense de développement le plus élevé, des sièges au Conseil de sécurité des Nations Unies, au G7, au G20, et est, avec la France, la principale puissance militaire en Europe.

Mais jusqu’à récemment, le discours tenu par le Royaume-Uni était celui du retrait stratégique. Il n’est pas présent dans le format Normandie (qui rassemble des représentants d’Allemagne, de Russie, d’Ukraine et de France), le parlement a voté pour se retirer des frappes militaires en Syrie, et les britanniques ont refusé de prendre part aux quotas sur la crise des réfugiés. Les débats politiques du Royaume-Uni portaient tout autant sur l’isolation splendide que sur « jouer dans la cour des grands ».

Il est donc intéressant de noter que, à ce stage de la renégociation, Cameron a choisi la politique étrangère pour démontrer la valeur du Royaume-Uni dans l’UE. A travers son soutien de l’accord avec la Turquie, Cameron ne fait pas seulement une faveur à Angela Merkel au moment où elle en a le plus besoin. Il montre également une volonté de faire partie des solutions européennes communes. La décision à propos de la Syrie aide à faire preuve de solidarité avec la France tandis que la SDSR montre que le Royaume-Uni peut être avoir une renommée mondiale pour autre chose que lorsqu’il s’agit de récupérer son argent. Le message général que Cameron essaie de transmettre est clair : cela vaut le coup de maintenir du Royaume-Uni dans l’UE.