[Conférence] “The regional vortex around Syria”

Le 10 juin 2014, l'ECFR et l'association Promethei de l'INALCO ont organisé une conférence sur le thème "the regional vortex around Syria". Les experts du programme MENA de l'ECFR Daniel Levy, Julien Barnes-Dacey, Jihad Yazigi et Myriam Benraad ont discuté de cette thématique dans un débat modéré par le journaliste Georges Malbrunot. 

Le 10 juin 2014, l’ECFR a organisé une conférence en partenariat avec l’association Promethei de l’INALCO sur les défis centraux du conflit syrien, trois ans après son déclenchement. Le journaliste Georges Malbrunot a ouvert le débat en décrivant le désespoir généralisé qu’il a pu observer au cours de sa dernière visite en Syrie, alimenté par la désorganisation de l’opposition et l’implication des pays étrangers qui ont transformé un soulèvement interne en une crise régionale.

Jihad Yazigi a axé ses commentaires sur les dimensions économiques du conflit. Les trois premières années de la guerre ont transformé les structures nationales et économiques du pays, permettant au marché noir de prospérer dans un contexte où les infrastructures sont endommagées et les milices sont montées en puissance. L’économie syrienne a aussi basculé vers une forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur, augmentant considérablement les importations et l’aide fournie par des organisations intergouvernementales et humanitaires. La violence et les sanctions internationales ont beaucoup nuit aux institutions nationales, facilitant le développement des opérations criminelles et la fortification de l’économie informelle. Ces dynamiques intensifient les divisions entre les différents groupes armés. A cet égard, les conflits entre les différentes factions de « l’opposition » — Al Nusra, l’État Islamique en Irak et au Levant, et des groupes Kurdes—sont devenus une bataille pour le pouvoir et les ressources. L’interaction entre l’économie et la puissance nous permet de mieux comprendre l’absence de volonté de toutes les parties de mettre fin à ces violences ; chaque acteur bénéficiant du conflit.   

Daniel Levy a exploré les dimensions régionales du conflit, en constatant que la guerre syrienne— désormais au coeur d’une immense contestation géopolitique —ne laisse pas de place pour une solution syrienne. Dans ce contexte, il a noté que les tensions géopolitiques ont été greffées sur les divisions sectaires, que le régime d’Assad continue à instrumentaliser à des fins politiques. La régionalisation de la guerre nécessitera une réflexion régionale, pour laquelle la communauté internationale devra inclure des acteurs régionaux, notamment l’Iran et l’Arabie Saoudite, afin de parvenir à élaborer une stratégie globale de résolution. En parallèle, M. Levy a souligné que ni Téhéran, ni Riyad ne seraient prêts à abandonner leurs visions maximalistes, limitant les possibilités d’arriver à un accord autour de la Syrie. En conséquent, les pouvoirs régionaux et mondiaux, et particulièrement l’administration Obama, vont devoir admettre qu’une approche prudente—certes compréhensible—s’est révélée insuffisante pour rééquilibrer le conflit. Cependant, tout changement éventuel nécessitera de déterminer si Assad est vraiment engagé dans une lutte contre des éléments « radicaux » de l’opposition, dont l’élimination lui empêcherait de légitimer sa politique violente comme une guerre anti-terroriste. Enfin, M. Levy a préconisé le lancement d’un processus politique concerté et détaillé afin d’encourager le dialogue entre l’Iran et l’Arabie Saoudite; processus qui est peut-être déjà en cours.   

Julian Barnes-Dacey a souligné les implications graves de la conflagration régionale du conflit, mais a noté que ses retombées désastreuses n’ont pas encore poussé l’Iran ou l’Arabie Saoudite à abandonner leurs points de vue à somme nulle pour aller vers un accord. M. Barnes-Dacey a évoqué la façon grave avec laquelle la guerre syrienne a touché le Liban,  et a remis en question la capacité de cet Etat déjà précaire à accueillir l’afflux massif des réfugiés syriens qui continue de croître. Et tandis que l’Arabie Saoudite et l’Iran ont en effet reconnu les risques qu’une déstabilisation du Liban pourraient engendrer, il est probable que l’Iran garderera son attitude assurée, en s’appuyant sur le fait qu’il a « parié sur le bon cheval » qui au final, forcera les autres pays à accepter la réalité en se résignant à la mainmise maintenue du régime Assad sur le pays.

A la suite de ces discussions les membres de l’audience ont posé des questions relatives à l’utilisation de barils d’explosifs par le régime, les tensions sectaires, et le positionnement d’Israel par rapport au conflit et aussi à l’Iran et l’Arabie Saoudite.