[Conférence] Les élections européennes: quels impacts sur la politique de voisinage en Méditerranée?

L'ECFR et la Maison de l'Europe ont co-organisé une conférence sur le thème des élections européennes et leurs potentiels impacts sur les relations extérieures de l'UE

Le 20 mai dernier, l'ECFR et la Maison de l'Europe ont co-organisé une conférence sur le thème des élections européennes et leur potentiel impact sur les relations extérieures de l'UE, et plus particulièrement avec son voisinage méditerranéen. Cet événement, modéré par Myriam Benraad, a réuni Amal Chevreau (chargée de mission à l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen, IPEMED) et Alain Gresh (journaliste spécialiste du Moyen-Orient au Monde Diplomatique).

Dressant un bilan global de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, Myriam Benraad a introduit le débat en insistant sur la fragilité des processus transitionnels encore actuellement à l'œuvre, ainsi que le risque pour certains États de retomber dans des systèmes autoritaires. Les participants ont tous dénoncé un désintérêt grandissant pour le voisinage méditerranéen, particulièrement manifeste durant la campagne électorale où la plupart des débats se sont focalisés sur des problématiques telles que la peur d'une immigration massive provenant du Sud, et la nécessité de protéger une supposée « identité européenne ».

Bien que les derniers sondages indiquent que les partis d'extrême droite n'obtiendront pas de majorité, il est indéniable que leur rhétorique a largement influencé le débat électoral et qu'ils risquent de ralentir le projet européen s'ils sont assez nombreux au prochain parlement. Sur ce point, Alain Gresh et Amal Chevreau ont tous deux souligné la prévalence des perceptions négatives au sujet de l'immigration, et leur diffusion dans une majorité de discours politiques, bien au-delà de l'extrême droite seule.

Alain Gresh a aussi dénoncé l'hypocrisie de l'Europe, qui a soutenu les régimes autoritaires ayant dominé le monde arabe durant des décennies avant les révolutions, et qui agit uniquement par le biais de déclarations officielles,  illustrant un cruel manque de vision politique pour cette région. Amal Chevreau a pourtant mis en avant les efforts entrepris au lendemain des révoltes, notamment la mise en place d'un programme d'aide européen d'un montant de 15 milliards d'euros sur six ans à destination de ces pays, ainsi que le développement d'accords de libre-échange (avec le Maroc par exemple). Le panel a conclu à une nécessité de protéger les économies de ces pays qui sont encore trop faibles pour faire face à la concurrence des marchés européens.

L'absence de vision politique pour la Méditerranée, toujours majoritairement considérée au travers de schémas économiques et sécuritaires, est un réel problème. Alain Gresh a spécifiquement insisté sur la centralité du conflit israélo-palestinien qui continue d'influencer au premier plan les relations entre les rives nord et sud de la Méditerranée. De plus, l'UE a développé des liens économiques et des relations commerciales approfondies avec Israël, ce qui l'empêche d'exercer une réelle pression sur ses dirigeants politiques afin qu'ils acceptent certaines des revendications palestiniennes les plus élémentaires.

Au cours des échanges avec le public, la question de la Turquie a été soulevée, pays qui apparaît toujours comme un État carrefour entre le Moyen-Orient et l'Europe, mais qui est maintenu en dehors de l'UE du fait de sa population majoritairement musulmane, comme l'a affirmé Alain Gresh. Amal Chevreau est toutefois revenue sur le fait que la Turquie a bénéficié des ajustements qu'elle a réalisés, notamment le développement d'un secteur privé fort, ce qui n'est pas le cas des autres pays arabes.

Dans l'ensemble, ce débat a permis de replacer l'Europe dans le contexte d'une instabilité régionale toujours extrêmement inquiétante en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Une réaction de l'UE est plus que jamais nécessaire, avant qu'il ne soit trop tard. Les intérêts européens mêmes sont en jeu.