Résultats des élections européennes : La France

A la suite des élections européennes, l'ECFR publie une analyse des résultats dans différents pays. 

ECFR Alumni · Director, Asia and China Programme
Senior Policy Fellow

La participation

Le taux de participation a été la plus grande surprise de ce vote, puisqu’avec un taux de 43%, le niveau est nettement supérieur aux 35 à 40% prédits par les sondages de ces dernières semaines, et à 10% de plus qu’en 2009. Il semble que la France affiche l’un des taux de participation les plus élevés. Les premiers sondages post-élections indiquent que 59% des électeurs ont cité les questions européennes comme premier facteur déterminant de leur vote, alors que 39% d’entre eux ont mentionné la politique nationale et gouvernementale.

 

Les thèmes

Les sondages des dernières semaines ont indiqué une perte de confiance  en l’Union européenne – même si cette perte de confiance s’applique avant tout aux institutions : 54% des Français ne font pas confiance au Parlement européen et 55% se méfient de la Commission. Néanmoins, ils sont 83% à prôner une « Europe unie » et 59% à favoriser une union monétaire et le maintien de l’euro. L’immigration, le pouvoir d’achat et la crise de l’euro sont – dans cet ordre – les trois questions qui préoccupent le plus les Français. Alain Juppé (UMP) a déclaré peu après l’annonce des résultats, qu’il « ne comprenait pas les électeurs qui se disent favorables à une armée européenne, mais qui votent pour le Front National, qui rejette l’Union européenne. »

Les élections européennes ont été dominées par les questions de politique nationale, notamment parce qu’elles ont eu lieu moins de deux mois après les élections municipales, où le Parti Socialiste, plus encore que ses alliés, a souffert d’une défaite cuisante. Le principal parti conservateur, l’UMP, a lui aussi souffert des querelles internes entre les prétendants à la présidence et d’un scandale financier autour du financement de la dernière campagne électorale qui a éclaté dans la presse il y a quelques semaines.

De manière surprenante, la seule « vraie » campagne européenne a été menée par des personnalités non politiques telles que les entrepreneurs, journalistes et intellectuels publics. Ils mettent principalement en avant le fait que la classe politique s’est toujours posée en défenseur des intérêts de la France et a pris l’habitude d’accuser Bruxelles d’être responsable des difficultés du pays.

Trois thèmes européens ont dominé la campagne, dans cet ordre :

Le thème de l’immigration – le Front National et une partie du camp conservateur défendant l’abolition ou la réforme de l’espace Schengen.

Le débat contre l’austérité, les socialistes militant pour un euro moins fort et des politiques de soutien plus élevées au niveau européen.

La troisième question –  « pour » ou « contre » un « modèle allemand »,  a été minorisée du fait de l’existence d’un gouvernement de coalition à Berlin. Les socialistes affirment leur soutien à Martin Schulz, et Nicolas Sarkozy a argumenté en faveur d’un renforcement de la relation franco-allemande en dernière minute. Aucun de ces plaidoyers n’a eu beaucoup d’écho. 

Les questions traditionnelles de politique étrangère – de l’Ukraine et la Russie jusqu’à l’Afrique – n’ont quasiment pas été soulevées.

 

Gagnants et perdants

Le Front National (FN) – parti de Marine le Pen – est le grand gagnant de ces élections. Avec 25,1% des votes, il devient le premier parti politique de France. Il a obtenu plus de 29% des votes dans deux circonscriptions (Est et Sud-Ouest) et rassemble près d’un tiers des électeurs dans le Nord-Ouest. Seuls l’Ouest et l’Ile-de-France ont vu l’UMP rassembler plus de voix que le FN.

Le plus grand perdant de ces élections est le Parti socialiste (14,3%), ainsi que ses alliés – le Front de Gauche qui intègre les Communistes (FG : 6,4%) et Europe Ecologie les Verts (EELV : 9%). La « majorité » du président Hollande est ainsi tombée à 33% des électeurs. Le PS a perdu 2% et EELV 6% depuis 2009.

La seule bonne nouvelle pour François Hollande et le PS est que les critiques qu’ils subissent de la part de l’extrême gauche et d’EELV n’a pas n’ont pas payé au niveau électoral.   

L’UMP qui a obtenu 20 ,2% des votes, subit également une perte significative. Cependant, cette baisse est aussi la conséquence de sa séparation de l’UDI/Modem, le groupe centriste pro-européen, qui a obtenu 10% des voix. En s’alliant en 2009, ils avaient rassemblé derrière eux 30% des électeurs.

Parmi les 31 autres listes inscrites pour ces élections, seuls Debout la République (parti conservateur eurosceptique, 3,7%) et Nouvelle Donne (progressiste sur le plan social, demandant une sortie de l’euro, tout en étant pro-européen, 3%) ont enregistré une progression.

 

Les Eurosceptiques

Il y a deux familles d’eurosceptiques. Dans la première, le FN, d’extrême droite et le FG d’extrême gauche, qui ont centré leurs campagnes contre l’Europe, faisant de l’Union leur bouc émissaire. Mais les résultats ont montré que cette stratégie n’a bénéficié qu’à l’extrême-droite.

On trouve la deuxième famille d’eurosceptiques dans des partis plus traditionnels. Seul l’UDI-Modem, un groupe pro-européen central, a réellement fait campagne pour l’Europe. Quelques personnalités politiques (dont François Hollande avec un discours isolé, Alain Juppé, Bruno le Maire et Nicolas Sarkozy qui a plaidé à la dernière minute pour une Europe centrée autour d’une relation franco-allemande renforcée) se sont mobilisées en faveur de l’Europe. Le programme de campagne de la plupart des conservateurs a été axé sur les intérêts de la France en Europe ou, pour ceux ayant adopté une ligne plus dure, sur des questions telles que l’immigration. Deux hommes politiques – Alain Wauquiez et encore davantage Henri Guaino – ont systématiquement fait campagne contre l’Europe.

Dans l’ensemble, les eurosceptiques les plus virulents représentent 35,3% des votes (FN + FG + Debout le République), pourcentage auquel il faut ajouter une proportion indéfinie d’eurosceptiques modérés qui appartiennent à d’autres partis.

 

Les têtes de listes

Les tracts du PS soutiennent de manière explicite la candidature de Martin Schulz, allant jusqu’à en faire une raison de voter pour le PS et un moyen de faire rayonner l’Europe, bien que cela n’ait jamais été directement exprimé par François Hollande ou Manuel Valls.

 

Résultats

Ces élections pourraient être sur-interprétées. Les Français ont voté en plus grand nombre que dans bien des pays européens. Les conditions économiques et sociales très négatives (croissance, dette, emploi, impôts) ont  eu un impact indéniable sur les résultats. Le succès retentissant du Front National est celui d’un parti qui excelle dans son opposition virulente à tout, mais sans proposer un seul élément de réforme structurelle dans son programme.

On peut discerner deux tendances dans ce qui est encore, au sein des institutions politiques, une majorité formelle socialiste.  Manuel Valls et quelques autres ont souligné le « tremblement de terre » et se sont prononcé clairement en faveur de réformes qui bouleverseraient l’économie. D’autres, comme l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, choisissent de voir dans ce vote un avertissement pour l’Europe.

La défaite des groupes de gauche donne en fait une plus grande liberté d’actions aux réformistes de la majorité actuelle. La droite conservatrice est pour sa part profondément divisée entre ceux qui veulent jouer sur une ligne davantage droitiste et populiste afin de récupérer des électeurs du FN, et ceux qui militent fortement dans le cadre européen.

Vous pouvez lire les points de vue des autres capitales européennes ici.