Traiter avec l’Iran : un agenda européen

Elie Geranmayeh propose une feuille de route pour l'UE au lendemain de l'accord sur le nucléaire

Deputy Director, Middle East and North Africa programme
Senior Policy Fellow
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Introduction

Nécessité de traiter avec l'Iran après l’accord sur le nucléaire

L'Europe devrait utiliser le Plan d'action conjoint global (JCPOA) annoncé avec l'Iran comme catalyseur pour mettre fin à une décennie de coupure avec Téhéran et promouvoir un engagement de haut niveau sur les objectifs régionaux en matière de sécurité selon un nouveau rapport de l'ECFR.

« Traiter avec l'Iran : un agenda européen » par Ellie Geranmayeh, policy fellow à l’ECFR, souligne l'importance stratégique croissante de l'Iran au Moyen-Orient déchiré par les conflits. E. Geranmayeh pointe du doigt le fait que malgré des années de sanctions, les capacités iraniennes et leur influence dans la région ont augmenté en intensité. Ayant reconnu cela, l'Europe devrait maintenant étudier l'ouverture créée par le JCPOA pour utiliser le rôle de Téhéran de façon plus constructive dans l’intérêt européen.

Pour se diriger vers une certaine implication, E. Geranmayeh suggère que les Européens établissent des structures formelles et politiques nécessaires pour approfondir et éventuellement normaliser les relations avec l'Iran, y compris :

Intensifier l’aide diplomatique régionale pour apaiser les tensions : l'Europe devrait affirmer son implication auprès des intervenants régionaux, y compris l'Iran, pour atteindre une désescalade et la résolution des conflits – concernant la Syrie, le Yémen, les efforts mis en œuvre contre l’organisation Etat islamique en Irak et en Syrie (EIIS) et plus encore. Cela devrait se dérouler à un niveau élevé et de haute intensité sous la direction de la Haute Représentante de l'Union européenne (UE) et des Etats membres E3 ayant d'importants intérêts et de l’influence dans la région (la France et le Royaume-Uni sont particulièrement proches de l'Arabie saoudite tandis que l'Allemagne a un avantage vis-à-vis de l'Iran).

Relancer une plateforme pour l'engagement UE/Iran : former un nouveau groupe de discussion UE/Iran avec le Service d'action extérieure et établir une mission permanente à Téhéran dès que possible. La Haute Représentante de l'UE devrait proposer au ministre des Affaires étrangères iranien un exercice de cadrage sur un agenda établi conjointement comprenant un engagement global. Le groupe de discussion sur l’Iran devrait consulter ses homologues à Téhéran et dans les Etats membres pour élaborer ce programme.

Les premières avancées sur le front économique : une fois que le JCPOA aura été acté, l'Europe devrait entamer des discussions économiques avec l'Iran, y compris s’agissant de la négociation d’un protocole d’accord sous l’impulsion de l’UE pour un partenariat énergétique avec l'Iran dès que possible. Au niveau des États membres, il faudrait initier un soutien privé concernant la candidature de l'Iran à l'OMC.

Approfondir la planification d’exercices sur l'architecture sécuritaire de la région : avec leurs homologues aux États-Unis et en Russie sur la façon dont ils peuvent apporter leur aide et soutenir les parties prenantes au Moyen-Orient dans la conception d'une architecture de sécurité.

Les fruits de cette implication pourraient être importants pour les deux parties. En travaillant avec, plutôt que contre Téhéran, l'UE et ses Etats membres seront dans une meilleure position pour encourager et pousser à la désescalade entre l'Iran et le « front sunnite » mené par l’Arabie saoudite. L’Europe pourrait intensifier sa coordination avec l'Iran sur la campagne anti-EIIS en Irak et participer plus efficacement à une solution politique potentielle du conflit en Syrie. L'Iran a de plus une influence qui pourrait être utilisée dans le cadre de la réduction des conflits au Yémen.

Le pouvoir iranien a reconnu que, pour bénéficier des marchés économiques mondiaux et renforcer sa légitimité interne, il doit se réintégrer sur la scène politique internationale et abolir le statut de paria de l'Iran. Même si le seul fait d’approfondir les liens économiques est peu susceptible de modifier le comportement volontairement nuisible de l'Iran dans la région, l'UE pourrait raisonnablement introduire l'exigence selon laquelle l'Iran devrait re-calibrer sa stratégie régionale en échange de cette réintégration sur la scène internationale.

Ellie Geranmayeh, auteur de « Traiter avec l'Iran » a déclaré,

« La coupure entre l'Iran et l'Occident a conduit à des années d’opportunités manquées de travailler avec Téhéran vers un ordre plus stable dans une région fragmentée. Avec la conclusion des négociations sur le nucléaire, l'Europe devrait se détourner d'une politique d'endiguement envers l'Iran et traiter avec Téhéran sur des questions litigieuses et non litigieuses comme elle le fait avec la plupart des pays.

« Une relation plus normale entre l'Europe et l'Iran permettra à une coopération et à une concurrence d'exister dans différents domaines et lieux et à l'Europe d’être dans une meilleure position pour encourager toutes les parties prenantes régionales à se rendre responsable de la désescalade des conflits dans leur voisinage.

« Pour atteindre ce stade, l'Europe aura besoin d'une structure politique formelle et  d’un soutien organisationnel pour faire avancer son engagement avec l'Iran et cela devrait aller plus loin qu’une simple coopération ad hocdans les domaines d'intérêts communs, ignorant l'ampleur des problèmes que connaît la région. L'Europe a désormais l'espace politique pour traiter avec l'Iran sur des questions plus controversées et plus particulièrement sur la Syrie – même si ces dossiers avancent lentement ou si les différents semblent impossibles à dépasser comme ce fut le cas autrefois pour le dossier nucléaire.

« Maintenant que les décideurs sont en mesure de sortir d’une vision centrée sur le nucléaire, il est réaliste que l'Europe puisse tirer des bénéfices du fait de traiter avec l'Iran sur la sécurité régionale. »

La publication est téléchargeable en format PDF ici.

Ellie Geranmayeh est disponible pour des interviews et commentaires. Veuillez contacter Richard Speight (Communications Manager, ECFR) +44 (0) 7794 307840,  [email protected].

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