Remporter la guerre normative : Un Power Audit des relations UE-Russie

Une nouvelle étude de l’ECFR souligne les forces et les faiblesses de l’Union européenne vis-à-vis la Russie

Senior Policy Fellow
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Une nouvelle étude de l’ECFR souligne les forces et les faiblesses de l’Union européenne vis-à-vis la Russie. 

La Russie a aujourd'hui plus de mal à diviser les Etats membres de l'Union européenne (UE) sur le plan politique qu'il y a dix ans, mais dans l'intervalle elle a accéléré ses efforts pour diviser ces pays en interne. Ce constat est une principale conclusion du nouveau Power Audit des relations UE-Russie, publié par le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) le 21 mai. 

Cette enquête auprès des responsables politiques dans les 28 pays de l'UE montre que l'Europe est aujourd'hui remarquablement unie dans son évaluation de la Russie, la considérant comme un défi de nature avant tout normative. 22 pays souscrivent à l'idée que la Russie est une menace pour l'UE principalement parce qu'elle veut mettre un terme à l'ordre multilatéral de l’après-guerre froide, que l'UE n'a d'autre choix que de défendre.

L'ingérence de la Russie dans les politiques nationales européennes est l'une des lignes de front de cette guerre normative. La plupart des pays de l'UE ont certaines preuves des tentatives de la Russie d'influencer leur débat national, mais considèrent que leurs effets sont limités. La Russie peut utiliser les clivages qui existent dans les sociétés européennes, mais ne peut pas en créer de nouveaux.

La réponse de l'Europe à l'ingérence russe devrait donc se concentrer moins sur la Russie et plus sur sa propre résilience. Si l'Europe veut « gagner la guerre normative avec la Russie », comme l'indique le titre du rapport, elle doit restaurer la crédibilité de l'ordre multilatéral en le reconstruisant complètement.

Les membres de l'UE devraient investir dans leur propre résilience en introduisant une « cyber-hygiène » adéquate, en examinant la législation sur le financement des partis politiques, en étant vigilant à l’égard du blanchiment de l’argent et en investissant dans des liens horizontaux entre différentes institutions.

Plus important encore, l'UE devrait œuvrer pour améliorer une dimension plus fondamentale de la résilience :  celle qui présuppose des élites politiques jouissant de niveaux de confiance relativement élevés, des institutions politiques indépendantes et crédibles, des finances publiques transparentes, des médias qui ne sont pas entièrement sensationnalistes, des minorités raisonnablement bien intégrées et le cas échéant, des traumatismes historiques qui ont été traités. Ces mesures permettront également de restaurer la crédibilité de l'ordre multilatéral.

Dans ses relations intergouvernementales avec la Russie, l'UE devrait traduire son unité d'évaluation en une politique qui reflète non seulement les valeurs européennes, mais aussi les réalités russes. En plus de sermonner, elle devrait commencer à élaborer des stratégies.

L'auteur du rapport, Kadri Liik, a déclaré : « La Russie soutient les forces anti-establishment en Europe parce qu'elle manque d'amis parmi les établissements. Ce faisant, elle utilise souvent des méthodes non conventionnelles – plus qu'une démonstration de forces nouvelles, il s'agit d'une tentative de compenser les faiblesses. »

La plupart du temps, les efforts de la Russie pour intervenir dans les politiques nationales européennes ne sont pas bien pensés ou coordonnés. Il s'agit plutôt d'une collection improvisée d'activités engagées par divers acteurs liés entre eux par une idéologie qui qualifie l'Occident d'adversaire. Cela rend la menace russe diffuse et difficile à contrer, ce qui implique que les réponses européennes devraient se concentrer sur la résilience plutôt que sur des contre-attaques. « Plutôt que de lutter contre les gouttes de pluie, il faut réparer le toit », explique Liik.