La poussée eurosceptique, et comment y répondre

Les pro-européens devraient créer un espace où les visions européennes concurrentes pourraient s'affronter

Après des années de crise, les sondages d’opinion prévoient une montée en puissance généralisée des partis politiques eurosceptiques aux élections européennes de mai 2014. On leur prédit des gains importants dans trois grands pays en particulier : la France, l’Italie et le Royaume Uni. Ils acquièrent un rôle clef en Grèce, en République Tchèque et aux Pays Bas et ils avancent fortement au Danemark, en Autriche, en Lituanie, en Hongrie et en Finlande.

Avec une base transnationale au sein d’un Parlement Européen qui est lui-même renforcé, ces partis pourraient bien réussir à freiner toute intégration accrue de la zone euro et à saper la légitimité du projet européen. Néanmoins, l’impact le plus important d’une victoire des Eurosceptiques pourrait bien être sur l’axe principal de la vie politique. Ils pourraient réussir à imposer l’amalgame entre l’Union européenne et la peur de l’immigration, et réduire le débat politique à un combat caricatural et stérile entre les partisans de « plus d’Europe » et ceux de « moins d’Europe ».

Au lieu de céder à la panique, les auteurs de la note politique de l’ECFR – «  La poussée eurosceptique et comment y répondre » – affirment que les personnalités politiques pro-européennes doivent proposer de véritables choix aux électeurs et répondre à des problèmes réels :

  • Avant tout, les pro-européens ne doivent pas faire de la situation un simple combat entre les pro et les anti-européens, mais devraient plutôt mettre en avant l’importance du débat normal des idées politiques. Par exemple, les réponses politiques de centre-droit ou de centre-gauche aux défis que doivent relever l’Union européenne et ses Etats-membres : le chômage, les migrations, la croissance ou encore l’émergence de la Chine.
  • Les partis pro-européens qui forment une grande coalition transnationale risquent d’alimenter la perception d’un cartel élitiste qui dirigerait l’Union au détriment de beaucoup d’Européens. Cela correspond en effet au discours eurosceptique sur le conflit entre les élites et le peuple. 
  • Au lieu de cela, les partis pro-européens devraient insister sur le fait que des problèmes européens reconnus, comme la faiblesse des institutions de l’euro ou le déficit démocratique de l’Union européenne, demandent une solution constructive au niveau européen, plutôt qu’un recours au nationalisme et à la xénophobie.

 « Les eurosceptiques pourraient bien creuser le fossé qui s’est créé en Europe, entre le Nord et le Sud, entre les créanciers et les débiteurs, entre les pays faisant partie de la zone euro et ceux qui n’y sont pas,  à un moment où l’Europe a désespérément besoin d’action résolue pour résoudre les fondements institutionnels de la crise ». José Ignacio Torreblanca

« La montée en puissance des eurosceptiques pourrait avoir des conséquences plus désastreuses que l’émergence du Tea Party aux Etats-Unis – cela pourrait mener à l’étrange spectacle d’un parlement dominé par l’auto-détestation  et voué en fin de compte à sa propre abolition. » Mark Leonard