La cohésion européenne au temps du Covid

Le nouveau « EU Cohesion Monitor » présente plus de 20 000 points de données sur la cohésion européenne, fournissant des profils interactifs pour les 27 Etats membres de l’UE et pour le Royaume-Uni, ainsi que 16 groupements de pays, tels que l’Eurogroupe ou le groupe de Visegrad

People with face masks and gloves in front of the Berlaymont buildingDati Bendo | European Union, 2020 ©
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  • La pandémie menace la cohésion européenne en renforçant les divisions économiques et en diminuant la confiance dans l’Union européenne (UE) et dans les gouvernements nationaux.
  • Le Covid-19 a heureusement frappé l’Europe à un moment où la cohésion européenne n’avait jamais été aussi forte depuis dix ans.
  • L’UE a finalement répondu avec efficacité à la crise, se mettant d’accord sur un fonds de relance pour les pays les plus touchés.
  • Cependant, les pays du nord pourraient ressentir de la frustration à avoir soutenu d’autres, alors que le sud fait face à une stagnation économique et que l’Etat de droit tremble encore dans certaines parties d’Europe centrale.
  • L’UE devrait fournir davantage de soutien aux Etats membres en difficulté, conditionné aux réformes structurelles et au respect de l’Etat de droit.
  • Tous les Etats membres ont intérêt à assurer la cohésion européenne – en particulier en raison des défis internationaux auxquels fait face l’Europe.

Le nouveau « EU Cohesion Monitor » présente plus de 20 000 points de données sur la cohésion européenne, fournissant des profils interactifs pour les 27 Etats membres de l’UE et pour le Royaume-Uni, ainsi que 16 groupements de pays, tels que l’Eurogroupe ou le groupe de Visegrad.

Malgré les nombreuses crises de la dernière décennie ainsi que la montée des partis eurosceptiques au Parlement européen et dans les parlements nationaux, la cohésion européenne était plus forte en 2019 qu’en 2007, l’année précédant la crise financière mondiale. Avec 12 ans de données, la quatrième édition du « EU Cohesion Monitor » raconte l’histoire d’une persévérance européenne face aux multiples crises.

Depuis 2016, l’ECFR mesure la cohésion européenne à travers le suivi d’un ensemble de variables politiques et socio-économiques. Cette nouvelle édition couvre la période allant de 2007 à 2019, avant que le Covid-19 n’atteigne le continent. Le « EU Cohesion Monitor » analyse les expériences, les attentes, les croyances, les niveaux de bien-être et les habitudes de votes des citoyens européens, en ce qu’ils contribuent à la « cohésion individuelle » – le degré auquel les individus au sein des Etats membres sont prêts à être solidaires en tant que membres de l’UE. Les liens et les pratiques économiques et politiques des Etats membres au sein de l’UE sont rassemblés dans la « cohésion structurelle » – le degré auquel les pays fonctionnent comme partie intégrante de l’UE.

Toutefois, le niveau de cohésion varie dans le temps et dans les différentes parties de l’Europe. La cohésion peut différer pour de multiples raisons. Souvent, un faible niveau de cohésion est le résultat de vulnérabilités préexistantes autant que de changements politiques, sociaux et économiques soudains.

Alors que l’Europe fait face à la deuxième vague du Covid-19, la crise présente un triple défi à la cohésion européenne, comme le montrent Jana Puglierin et Pawel Zerka dans leur nouveau rapport :

  • Le défi au sud : les pays tels que l’Espagne, la Grèce et l’Italie – ainsi que la Bulgarie, la Roumanie et la Croatie – ont été parmi les pays les plus touchés par la crise en termes économiques. En raison de leurs vulnérabilités économiques préexistantes, ils font particulièrement face au risque de stagnation économique, de hausse du chômage et de divergence croissante avec les Etats membres plus riches.
  • Le défi au nord : les pays tels que l’Autriche, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et la Suède – peut-être aussi l’Allemagne – pourraient perdre patiente face à des pays moins riches qu’eux, considérant qu’ils ont constamment besoin d’être financièrement sauvés ou qu’ils souffrent de corruption et d’un Etat de droit faible.
  • Le défi en Europe centrale : la crise a non seulement affaibli les économies nationales et la solidarité européenne, mais aussi la démocratie, les droits humains et l’Etat de droit dans certains Etats membres. Dans certains pays de la région – en particulier en Hongrie et en Pologne – les valeurs telles que l’indépendance de la justice et la protection des minorités subissent de fortes pressions, alors que le pluralisme des médias a lui aussi souffert.

Renforcer la cohésion européenne en 2021 demande d’apporter de l’attention à ces trois défis. Aucun n’est nouveau mais tous trois se sont aggravés en 2020. Ils doivent être traités immédiatement afin de sauver la cohésion européenne.

Jana Puglierin, directrice du bureau de Berlin de l’ECFR et co-autrice de ce rapport, affirme que « la cohésion européenne est la colle la plus forte qui tient l’UE unie. Malgré la multitude de crises de ces dernières années, la cohésion a toujours été retrouvée. Nos recherches montrent que même quand la confiance dans l’avenir de l’UE a été perdue, que les Européens ont commencé à voter pour des partis populistes ou quand l’économie de leur pays a tremblé, un nombre important de facteurs les a gardés étroitement liés au reste de l’Europe. Cela s’est avéré être la plus grande force de l’UE en ces temps difficiles. Maintenir la confiance et la cohésion face à la pandémie est désormais la tache qui attend les décideurs politiques nationaux tout autant que les institutions européennes. »

Pour la France, le nouveau rapport de l’ECFR trouve notamment que :

  • La tendance de cohésion individuelle de la France est en diminution depuis 2007. En 2019, la France faisait partie des quatre pays dans laquelle la cohésion individuelle était la plus faible. Cela est particulièrement visible dans la catégorie des « expériences » dans laquelle la France est arrivée dernière en 2019.
  • La cohésion structurelle en France suit une tendance plutôt stable autour de la moyenne européenne : dans les domaines de l’intégration politique et de la sécurité, la France fait partie du peloton de tête.
  • Alors qu’en 2019 la France était au-dessus de la moyenne européenne dans la catégorie « résilience », en raison des difficultés économiques dues à la crise du Covid-19, cet avantage minime pourrait signifier une diminution à venir.