Mettre fin aux migrations est impossible, les gérer serait plus intelligent

Des solutions simples, pratiques au problème migratoire existent. L’Europe a juste besoin d’organisation.

par Caroline de Gruyter

 

Des solutions simples, pratiques au problème migratoire existent. L’Europe a juste besoin d’organisation.

Nous y voici à nouveau. Treize mille migrants et réfugiés ont été repêchés de la Méditerranée et déposés en Italie en l’espace de quatre jours. Ils montent par centaines à bord d’embarcations de caoutchouc en Libye, assurés par les passeurs qu’ils seront secourus et transférés sur le continent. Les voyageurs de fortune prennent donc le risque de payer le prix fort. Au même moment, des centaines de personnes continuent à arriver chaque jour sur les îles grecques.

Pendant ce temps, la saison politique reprend en Europe. Il s’agit d’une saison cruciale. Des élections se tiendront dans plusieurs pays de l’Union européenne (UE), cette année ou en 2017. Les hommes politiques se surpassent dans la compétition aux solutions les plus rudimentaires à la question migratoire, allant de « fermons les frontières, construisons des murs » à « laissons-les se noyer ».

Aussi longtemps que Donald Trump existera, Marine Le Pen, Geert Wilders et Norbert Hofer apparaîtront presque comme des modérés. Nicolas Sarkozy, qui souhaite modifier la Constitution pour imposer l’interdiction du burkini, apparaît à côté comme un enfant de chœur. Le chaos migratoire fait le jeu des plus radicaux. Il effraie suffisamment les citoyens pour que ceux-ci aient envie de de voter pour des politiciens qui voudraient réduire à néant la prospérité et l’humanisme qui ont fait la fierté de l’Europe pendant des décennies. Au milieu de l’hystérie identitaire instrumentalisée par ces politiciens, nous serions tentés d’oublier qu’il existe des solutions simples, pratiques au problème migratoire. L’Europe a juste besoin de s’organiser pour contrôler les migrations, un point c’est tout.

L’essor migratoire montre bien que les gens continueront à venir en Europe, quelles que soient les barrières. La route des Balkans a été fermée, ils voyagent maintenant via l’Afrique du Nord ou la Bulgarie. Si l’on ferme la route libyenne, une autre s’ouvrira. L’Europe ne peut pas se calfeutrer.

Il existe deux catégories d’arrivée. Tout d’abord, les réfugiés, qui fuient la guerre et les persécutions. Chaque pays européen a le devoir légal de les protéger ou de les aider à trouver un abri ailleurs, sur un autre continent si nécessaire. L’UE devrait laisser les réfugiés candidater à l’asile dans leur région d’origine. Les personnes seraient ainsi enregistrées et filtrées dans les bureaux européens sur le terrain. Pour le moment, elles sont encore contraintes de faire le voyage vers l’Europe, dangereux et illégal, pour pouvoir candidater à l’asile. Dans le nouveau système, les réfugiés qui se verraient attribuer un statut pourraient venir en Europe par des voies légales, sans avoir à recourir aux passeurs. Toute personne continuant à venir par la voie illégale pourrait toujours être renvoyée.

La deuxième catégorie sont les migrants. Ils viennent parce qu’il y a du travail en Europe, beaucoup de travail, pour du personnel de ménage, les récoltes ou encore dans la santé. Le travail est le principal facteur d’attraction pour ces migrants, et les employeurs réclament de la main d’œuvre bon marché. Mais cela n’est pas autorisé en raison du prétexte fallacieux selon lequel « ils pourraient rester ». Quelqu’un qui vit dans le pays illégalement ne retournera pas dans son pays d’origine da sa propre volonté une fois en Europe : on ne fait pas deux fois un voyage aussi dangereux. Mais s’il a un contrat de travail de quatre mois, et la possibilité de travailler légalement l’année suivante pour quatre ou cinq mois supplémentaires dans une usine automobile espagnole ou une ferme néerlandaise, il peut facilement retourner dans son pays entre temps. Beaucoup feraient cela.

Les migrants qui n’ont pas les moyens légaux de venir en Europe viendront illégalement. Nous ne pouvons pas arrêter ces migrations, mais nous pouvons en légaliser une partie pour mieux la gérer. Créer des bureaux européens de recrutement en Afrique, déterminer quels sont les besoins en termes de travailleurs migrants dans chaque pays européen, et laisser les personnes candidater à des offres d’emploi depuis leur région d’origine. S’ils n’ont pas de chance ou ne sont pas qualifiés, ils peuvent encore tenter leur chance l’année suivante. De cette manière, ce sont les autorités européennes qui décident de qui vient ou ne vient pas, et non les passeurs.

Les experts plaident pour ces solutions pragmatiques depuis de nombreuses années. Beaucoup d’hommes politiques agissent cependant comme si cette solution n’existait pas. Ils préfèrent nous provoquer en interdisant les mosquées ou en construisant de nouveaux murs, trompant les électeurs et divisant les sociétés. Pourquoi alors voter pour eux ?

 

Caroline de Gruyter est un membre du Conseil de l’ECFR. Cet article a d’abord été publié dans le journal néerlandais NRC Handelsblad