Le club des râleurs

L'opinion de José Ignacio Torreblanca sur la posture de victime adoptée par le Royaume-Uni et la Grèce vis-à-vis de l'UE

Head, ECFR Madrid
Senior Policy Fellow

Le Premier ministre britannique David Cameron est en train d'élaborer un plan pour avancer le référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne. Cameron veut que le peuple britannique approuve une nouvelle relation entre le Royaume-Uni et l'Union européenne (UE), une relation qui doit encore être négociée et dont la nature est complètement incertaine. Le Royaume-Uni bénéficie déjà de toutes sortes d'exemptions dans son arrangement avec l'UE (en dehors de la monnaie unique et de l'accord Schengen sur la suppression des contrôles aux frontières tout en limitant également ses contributions annuelles au budget de l'UE). Cependant, cela ne semble pas suffire et maintenant Cameron menace ainsi de partir si le Royaume-Uni ne reçoit pas de nouveaux privilèges et exemptions.

Maintenant, voyons ce qu’il se passe à l'angle sud-est de l'Europe. À première vue, il y a peu de points communs entre le Premier ministre conservateur éduqué à l'internat d’élite Eton et Alexis Tsipras, le jeune et charismatique leader étudiant qui a gravit les échelons du Parti Communiste grec pour finalement mener la coalition de gauche radicale qui a remporté les élections en janvier 2015. Pourtant Tsipras est sur la même trajectoire de collision avec l'UE qu’il dépeint aussi comme un agresseur responsable de tous les maux subis par le peuple grec. Les deux dépeignent leurs pays comme des victimes de l'UE et de ses politiques et demandent des réparations, des privilèges et des conditions particulières sous peine de partir ou de provoquer une catastrophe financière. Avec leurs exigences exorbitantes, les deux se rapprochent de plus en plus de la sortie et soumettent tous les autres membres de l'UE à un chantage constant.

Mais ils ne sont pas les seuls à aborder l’UE avec une mentalité basée sur des doléances et sur l'idée que « l'UE leur est redevable ». En Pologne, l'ultranationaliste Andrzej Duda qui vient juste de remporter l’élection présidentielle comprend de la même manière l'Union européenne comme étant une source de corruption politique et morale. Il pourrait bien s’entendre avec l'étonnant Premier ministre hongrois, Viktor Orbán qui semble entretenir  l’ambition de reproduire l’exemple de Poutine. Cela n’est pas une surprise si la France et l'Allemagne, fatiguées de ce chantage, sont en train de préparer un plan pour poursuivre davantage l’intégration et pour laisser ces râleurs derrière.