[Conférence] Les options de Poutine en Asie de l’Est

Lundi 30 juin 2014, le programme Asie de l’ECFR a organisé, en partenariat avec Asia Centre et la Fondation Calouste Gulbenkian, sa deuxième conférence du cycle Beyond Europe sur le thème « Les options de Poutine en Asie de l’Est »

ECFR Alumni · Director, Asia and China Programme
Senior Policy Fellow

Alors que la crise en Ukraine a ravivé les préoccupations  au sujet du voisinage de la fédération russe, Gilbert Rozman, professeur de sociologie à l’Université de Princeton et spécialiste de l’Asie du Nord-Est, a évoqué la question à travers les prismes identitaires russe et chinois. La conférence était modérée par François Godement, directeur du programme Asie et Chine de l'ECFR.

Selon lui, la Russie et la Chine ont la volonté de reconstruire leurs identités nationales respectives. Ainsi, à travers le projet d’une Union Eurasiatique, Poutine tente de restaurer certains aspects de l’Union soviétique en Asie Centrale, tout en diabolisant l’« Ouest » et en redessinant le spectre du fascisme et du colonialisme américain.

Le « Pivot » russe vers la Chine n’est pas une nouveauté : l’Asie est dynamique, attractive et pleine de ressources. Toutefois, l’approche russe à l’égard de la Chine est plus intense aujourd’hui qu’elle n’a pu l’être par le passé. Poutine veut renforcer l’économie de la Russie en utilisant la puissance économique chinoise, mais n’est parvenu à attirer que très peu d’investissements de la part de la Chine. De plus, Pékin représente un allié stratégique pour Moscou dans son opposition à une vision universaliste de la culture occidentale. Mais la Russie ne serait-elle pas devenue trop dépendante de la Chine ? Il faut noter à ce titre que l’action russe en Ukraine a donné plus de poids à la Chine dans ses relations avec Moscou, notamment au regard du nouvel accord énergétique entre les deux pays.

La Chine est le « moteur asiatique » mais elle n’est pas le seul acteur au sein de la région. L’Inde possède un fort potentiel décisionnel et la Corée du Nord est une puissance diplomatique incontournable. Une unification de la péninsule coréenne entrainerait nécessairement la mise en place d’un corridor Nord-Sud entre les deux Corées (chemins de fer, pipelines), c’est pourquoi Gilbert Rozman considère la Russie comme étant le premier allié de la péninsule.

 

Gilbert Rozman en conclut que Poutine ne dispose que de peu d’options en Asie de l’Est :

  • La Chine est son unique partenaire, lui permettant de profiter d’une position de force.
  • La Russie a besoin des ressources du Japon, mais les relations sino-japonaises sont désastreuses.
  • Des relations avec le Vietnam sont difficilement envisageables au regard de la présence chinoise dans le pays.
  • Les liens commerciaux (ventes d’armes) avec l’Inde ne pourront probablement pas être maintenus.