Comment interpréter la visite de Xi Jinping en Europe ?

Quels sont les résultats du premier tour d'Europe de Xi Jinping? 

ECFR Alumni · Editor, China Analysis
Senior Policy Fellow

Le 28 mars à Berlin, j’ai assisté à l’un des rares discours donnés par le Président chinois Xi Jinping lors de sa tournée européenne de 11 jours.  Lors de son intervention, il a fait référence au rêve chinois et aux réformes difficiles à venir,  avant de rappeler à l’audience le massacre de Nankin de 1937, perpétré par l’armée japonaise. Suite à ses commentaires sur les guerres de l’Opium menées par les Européens au XIXe siècle, nous nous sommes tous sentis quelque peu coupables. Ensuite, il a poursuivi en faisant l’éloge des relations germano-chinoises, en mentionnant les liens économiques historiques entre les deux Etats, qui selon lui devaient être encouragées. C’est ainsi que l’on fait du business : culpabiliser puis demander de l’argent.  

L’agenda de Xi Jinping en Europe débordait d’enjeux commerciaux. En premier lieu, il a signé un accord concernant les produits laitiers aux Pays-Bas. Il a ensuite conclu un accord avec Airbus en France (70 avions Airbus) et scellé l’accord entre le constructeur automobiles Dongfeng et le français Peugeot. Xi n’a pas seulement visité Versailles, il s’est également rendu à Lyon puisque c’est dans la région Rhône-Alpes que se trouvent de nombreuses entreprises chinoises en France. Après avoir visité Berlin, Xi s’est rendu dans les centres industriels allemands, à Dusseldorf (connu comme étant le cœur des entreprises japonaises en Allemagne) et à Duisbourg. Pendant que sa femme rendait visite à une vieille connaissance dans un lycée de la ville d’Essen, Xi a assisté à l’arrivée du train Yuxinou en gare de Duisbourg en provenance de Chongqing. La banque centrale allemande et la banque populaire de Chine ont signé un protocole d’entente sur le cours du yuan le 29 mars à Francfort – suivi d’un accord similaire avec la banque d’Angleterre trois jours plus tard. Des accords ont également été signés en Allemagne avec Daimler AG (1 milliard), Bayer, Siemens et BMW.

En prévision de la visite de Xi Jinping à Bruxelles, Pékin a annoncé l’abandon des plaintes contre les subventions et le dumping des imports de vin européen, ainsi que celles contre le polysilicone, utilisé dans la fabrication de panneaux solaires. De son côté, le commissaire européen au Commerce Karel De Gucht a annoncé qu’il ne poursuivrait pas l’enquête sur le dumping chinois sur les équipements de télécommunication. Une fois le désaccord commercial écarté (pour l’instant), l’objectif de Xi à Bruxelles a été de poursuivre la possibilité d’un accord de libre-échange entre la Chine et l’UE.

En dehors des accords commerciaux, la visite n’a révélé que peu de nouveautés au sujet de la Chine. Le Président français François Hollande n’a que brièvement évoqué la question des droits de l’Homme. La Chancelière allemande Angela Merkel en a dit un petit peu plus sur le sujet, mais la réaction la plus franche s’est révélée être celle du Président allemand Joachim Gauck, qui durant son discours lors d’un déjeuner avec Xi le 28 mars, a appelé la Chine à améliorer ses résultats en matière de droits de l’Homme, liberté religieuse et Etat de droit.

En marge du sommet sur la sécurité nucléaire de La Haye le 24 mars, le président américain Barack Obama et Xi Jinping ont évoqué un certain nombre de questions, tel que le changement climatique, la Corée du Nord, l’Iran et la cyber-sécurité. Pendant ce temps, la Chine, la Russie et seize autres pays (y compris l’Inde et le Pakistan) se sont abstenus de signer un engagement à une initiative soutenue par les Etats-Unis et la Corée du Sud, encourageant la sécurité nucléaire et la transparence.

Le Président américain ainsi que les dirigeants européens ont abordé la crise en Crimée lors de leurs discussions avec Xi. Cependant, ils ne sont pas parvenus à une prise de position officielle chinoise. La Chine ressemble à un étranger qui se retrouve sous les projecteurs et qui tente désespérément de s’en écarter. Mais le signal est clair : en s’abstenant lors du vote du Conseil de Sécurité de l’ONU déclarant que le référendum sécessionniste était illégal, et en ne prenant pas le parti des Occidentaux, Pékin a montré une position favorable à la Russie. A Berlin, le Président chinois a précisé que le principe de non-ingérence expliquait l’absence de position officielle chinoise. Parallèlement, Pékin se refuse à critiquer la violation par la Russie de ce principe. La Chine ne soutient pas le référendum en Crimée, mais est ravie de voir la Russie s’élever contre l’Occident.

En analysant les résultats de cette visite d’un point de vue économique, il faut comprendre que l’amélioration des relations entre la Chine et l’UE, et les principaux accords commerciaux signés entre eux, auraient pu être atteints avec ou sans la présence du Président. La finance et les échanges économiques ont leur propre dynamique, qu’une visite d’Etat peut soutenir mais difficilement influencer. Xi Jinping a signalé qu’en matière de politique étrangère et de sécurité la Chine n’allait pas changer de position. Sur le plan économique, sa visite a été structurée de manière traditionnelle : Xi s’est rendu dans quatre pays en onze jours et a échangé avec des dirigeants économiques et politiques européens sur une base individuelle et bilatérale. En ce qui concerne les désaccords commerciaux, l’UE et ses Etats membres ont récemment prouvé à la Chine qu’ils pouvaient être divisés en étant en compétition et en défendant des intérêts contradictoires.

Alors quel bilan peut-on tirer de la visite de Xi ? Pour sa première visite en Europe depuis qu’il est devenu Président, il voulait délivrer un message aux Européens : voici ce que vous pouvez attendre de la Chine, et n’en attendez pas plus. Il y aura peu de changement en ce qui concerne la politique de la Chine envers l’Europe dans la décennie à venir, tant que Xi sera au pouvoir. Pourtant, « peu de changement » signifie qu’il est toujours possible qu’il y ait de nouveaux développements : tout en adoptant une approche traditionnelle en s’adressant aux Européens de manière individuelle, Xi s’est aussi rendu à Bruxelles. Il est ainsi devenu le premier Président chinois à avoir visité les institutions européennes. Alors que l’économie chinoise montre une croissance en ralentissement et fait face à de potentiels obstacles, la Chine a besoin d’améliorer ses relations économiques avec l’UE, première économie mondiale. Cela explique que la Chine pousse l’accord de libre-échange avec l’UE et que Xi Jinping se rende non seulement dans les Etats membres mais également au cœur même des institutions européennes. Pékin sait que Bruxelles est la clé pour l’aboutissemen